dimanche 21 septembre 2014

I fall to pieces (1961)

Patsy Cline: I fall to pieces (1961)

I Fall to Pieces by Patsy Cline on Grooveshark

Patsy Cline n'a pas été la première femme a s'imposer dans le monde de la country-Patsy Montana et Kitty Wells y étaient parvenues avant elle-, mais elle a beaucoup contribué à l'écriture du grnad livre de ce genre musical et son enseignement a profondément marqué la quasi-totalité des interprètes, de George Jones à Trisha Yearwood. Si Montana a donné un son très simples à ses disques et Wells, chanté sur un ton nasillard bien en accord avec celui de ses guitaristes, le style fluide de Patsy Cline a combiné le désir de raconter une bonne histoire country et le sens du tragique d'une chanteuse pop.
Elle a été assistée en cela par Owen Bradley, responsable du bureau de Nashville de Decca où elle signa avec ce label en 1960. Cline avait connu un premier succès en 1957 avec Walkin' After Midnight, mais aucun de ses singles suivants n'avait accedé aux hit-parades. Le changement de label lui a été bénéfique. Première collaboration du duo, I fall to pieces est arrivé en première place dans les hit-parades country et a réussi à se placer en 12e position dans le Hot 100 de Billboard.
Cline a assis sa réputation en faisant suivre I fall to pieces par Crazy, un des premiers tubes écrits par Willies Nelson. La carrière prometteuse de la chanteuse s'est achevée brutalement en 1963 quand, à 30 ans, elle a péri dans le crash de l'avion qui transportait également les chanteurs Cowboy Copas et Hawkshaw Hawkins. Le pilote était Randy Hugues, le manager de Cline. (Source: Les 1001 chansons..., Editions Flammarion)

Johnny remember me (1961)

John Leyton: Johnny remember me (1961)

Johnny Remember Me by John Leyton on Grooveshark

Les "death discs" ou "disques tragiques", ont connu un bref succès pendant l'ère préBeatles en racontant des drames adolescents culminant dans des histoires à la Romeo et Juliette.
Ce qui est peut être le meilleur exemple du genre a été enregistré dans le cadre assez improbable d'un appartement de Holloway Road, à Londres: des câbles reliant les diverses pièces, l'acteur de télévision John Leyton chantait dans le salon et les choristes dans la salle de bains, la section des cordes campait dans l'escalier et, dans la cuisine, Joe Meek mixait le tout et comprimait lourdement l'ensemble pour créer ce son brillant et aigu qui le caractérisait. Le résultat a été un véritable ouragan, avec Billy Guy raclant sa guitare en un implaccable flamenco, tandis que le batteur Bobby Graham et le bassiste Chas Hodges (futur membre du duo "rockney" Chas & Dave) suivaient un tempo ultrarapide sorti totu droit du tube country de Vaughn Monroe Rides in the sky (1949)
Le parolier Geoff Goddard avait évité de préciser que "la fille que j'ai aimée et perdue il y a un an" était bien morte, mais le chant éthéré de Lissa Gray ne permettait aucune ambiguïté. Les rapports avec le monde des esprits allaient toutefois plus loin que quelques effets sonores inquiétants: en septembre 1961, Goddard expliquait dans la revue Psychic News que la chanson lui avait été dictée en rêve par le fantôme de Buddy Holly. Le chanteur à lunettes est encore revenu pour lui apprendre qu'elle serait n°1- ce qui s'est vérifié. (Source: Les 1001 chansons..., Editions Flammarion)

Back door man (1961)

Howlin' Wolf: Back door man (1961)

Back Door Man by Howlin' Wolf on Grooveshark

Willie Dixon était l'un des acteurs de la meilleure musique de blues de Chicago de l'après-guerre; Muddy Waters, Little Walter et Howlin Wolf ont occupé le devant de la scène grâce àWillie Dixon, lequel a écrit, produit et/ou joué sur nombre de tubes de ces bluesmen.
Wolf est certainement celui qui a profité le plus de son association avec Dixon. Après  avoir connu le succès en 1954 avec Evil de Dixon, Wolf a recouru presque exclusivement aux compositions de ce dernier pendant la première partie des années 60. Il s'est ensuivi l'une des plus impressionnantes séries de tubes de l'histoire du blues avec des classiques tel que Spoonful, The Red Rooster (également intitulé Little Red Rooster) ou encore Back Door Man. Ce titre correspondait parfaitement à Wolf-une ballade nocturne au texte à la fois angoissant et sexuel. Wolf incarne si bien le personnage de la chanson que l'inquiétude s'était emparée de tous les maris de son voisinage. Il est on ne peut plus crédible dans son rôle de Casanova/.prédateur avec des phrases aussi menaçante que "When everybody's trying to sleep/ I'm somewhere making my midnight creep" (Quand tout le monde cherche à dormir, je suis là a m'approcher à pas de loup). L'accompagnement musical plutôt lent est assuré par les musiciens de studio habituels de Wolf.
Cette chanson est sortie en face B de Wang Dang Doodle. Présente sur divers albums, elle est devenue un standard du blues. La reprise la plus connue est celle des Doors en 1967, sur leur album homonyme. (Source: Les 1001 chansons..., Editions Flammarion)

Lazy River (1961)

Bobby Darin: Lazy River (1961)

Lazy River by Bobby Darin on Grooveshark

Bobby Darin était au summum de sa carrière vers 1960. Il avait enchaîné d'innombrables succès dont Splish Slpash et Dream Lover (qu'il avait lui-même écrits), et des reprises avec big band de standards comme Mack the knife ou encore Beyond the Sea, version anglaise de La Mer de Charles Trenet. Il triomphait sur scène et passait régulièrement dans les clubs de LasVegas ou au Copacabana de New York.
Atco, le label de Darin, souhaitait le voir changer de style et tirer profit de la vague montante du rock'n'roll. Darin a préféré suivre le conseil de son amie et agent, Harriet "Hesh" Wasser, et continuer à faire ce qu'il faisait le mieux: des morceaux jazz-pop dans un style swing.
Le choix de Lazy River en 1961 pouvait paraître surprenant. Ecrite par Hoagy Carmichael en 1932 et interprétée par lui avec toute la nonchalance que suggère le titre ( "rivière paresseuse"), cette chanson ne semblait pas convenir au personnage de Darin. Les reprises précédentes avaient conservé l'esprit de la version de Carmichael, hormis l'interprétation de Roberta Sherwood en 1956 qui avait injecté une dose de rythme Nouvelle-Orléans dans ce standard bien calibré. Grâce à l'arrangement puissant, merveilleusement orchestré, de Richard Wess, Darin en a fait un morceau enlevé qui s'est classé au Top 20 américain et a confirmé le statut de grand chanteur de swing de son interprète.
Darin mourra en 1973. Selon sa volonté, son corps a été donné à la science. (Source: Les 1001 chansons..., Editions Flammarion)

Spanish Harlem (1961)

Ben E King: Spanish Harlem (1961)

Spanish Harlem by Ben E. King on Grooveshark

Né en Caroline du Nord en 1938, le chanteur de soul Ben Nelson est allé vivre à Harlem quand il avait 9 ans. Il est entré en 1958 dans la petite formation de doo-wop des Five Crowns dont les musiciens venaient remplacer les Drifters, le manager de ces derniers les ayant congédiés au bout de quelques mois. Nelson a chanté dix chansons des nouveaux Drifters et a coécrit le tube There goes my baby en 1959, puis a quitté le groupe en 1960 lorsqu'on lui a refusé une augmentation de salaire et des royalties convenables.
Nelson a pris alors le nom de Ben E. King et entamé une carrière solo. Son premier succès évoque le quartier de son enfance. On ne peut pas dire que les paroles de Lieber soient d'un très haut niveau mais cela n'a pas d'importance, vu le charme de la mélodie et l'éclat de son arrangement. Beaucoup de choses sont dites en 3 minutes à peine. Les marimbas d'ouverture, la mélodie délicieusement syncopée, l'écho discret, les cordes et l'accompagnement vocal des Gospelaires (dont Dionne Warwick), tout concourt à créer une nostalgie très latino.
Spanish Harlem a été un succès, mais n'est arrivé qu'en 15e position au hit parade R&B de Billboard; il a aussi été n°10 dans son hit-parade de la pop. C'est pourtant devenu un standard très populaire et ses reprises son innombrables (The Mamas & The Papas, Trini Lopez ou encore John Barry); la version d'Aretha Franklin est certainement la plus belle de toutes. (Source: Les 1001 chansons..., Editions Flammarion)

mercredi 17 septembre 2014

Shakin' all over (1960)

Johnny Kidd & the Pirates: Shakin' all over (1960)

Shakin' All Over by Johnny Kid & The Pirates on Grooveshark

Des propos absurdes de Lonnie Donegan avoquant "une ligne de chemin de fer" au large de la Nouvelle Orléans à l'imitation d'Elvis par Cliff Richard (la première en Angleterre), on peut dire que le chemin du rock'n'roll a été ponctué par toute sorte d'emprunts. C'est seulement avec le quatrième 45 tours d'un groupe londonnien, Johnny Kidd & The Pirates, que le rock britannique a trouvé ses marques et appris à innover plutôt qu'à imiter. Pourtant, comme le tube Move it de Cliff en 1958, Shakin' all over (n°1 en Angleterre) devait à l'origine constituer la face B d'un single moins sauvage-dans le cas présent, un vénérable air de jazz intitulé Yes sir, That's my baby.
Ecrite à la hâte dans un bar de Soho la veille de l'enregistrement, la face B en question a été gravée en une seule prise. Avec son fort accent anglais, le borgne Johnny Kid (de son vrai nom Fred Heath) récite une litanie de sensations, inspirée d'une remarque que faisaient ses amis et lui même quand ils voyaient passer une belle fille: "She gives me the quivers down the membranes" (Elle me fait palpiter les membranes).
Les Pirates ont recruté le musicien de studio écossait, Joe Moretti pour son accroche à la guitare en mode mineur; il a créé l'effet de "tremblement" en overdub précédant le refrain en faisant glisser un briquet sur les touchettes, ce qui lui a valu de gagner une livre sterling de plus que prévu par contrat.
L'atmosphère spectrale est due au picking délicat d'Alan Caddy, qui évolue dans le registre supérieur tel un écho en pizzicato à la ligne de basse de Brian Gregg. Dans le solo mémorable de Moretti-précédé d'un roulement de tambour de Clem Cattini (ajouté pour étoffer le disque)-, on entend déjà les prémices de la guitare de George Harrison ou de Keith Richards. (Source: Les 1001 chansons..., Editions Flammarion)

September song (1960)

Ella Fitzgerald: September song (1960)

September Song by Ella Fitzgerald on Grooveshark

En avril 1960, Ella Fitzgerald a fait une pause après l'enregistrement long et difficile de sa série Great American songbook. Avec pour tout accompagnateur le pianiste Paul Smith, elle a gravé 13 chansons pour la bande originale de Que personne n'écrive mon épitaphe. Adapté d'un roman de Willard Motley, le film de Philip Leacock a pour cadre la pauvreté et le crime dans le South Side de Chicago. Ella y joue une pianiste droguée, Flora, aux côtés d'acteurs tels que Shelley Winters, Jean Seberg et Burl Ives. Chacun a oublié le film, mais on peut en entendre la musique sur le CD the Intimate Ella. 
Une des chansons avait pour auteur Kurt Weil, compositeur juif allemand qui avait fui son pays à l'arrivée des nazis et s'était réfugié en Amérique en 1935. Là, il a oublié ses partitions engagées pour les pièces de Bertolt Brecth et s'est lancé dans la chanson et le music-hall. C'est dans l'une de ses premières comédies musicales, Knickerbocker Holiday, jouée à Braodway en 1938, que l'on entend pour la première fois September song.
Lente, langoureuse, la chanson parle d'un amoureux qui passe "quelques jours précieux" avec sa bien aimée. Ella caresse la chanson plus qu'elle ne la chante, et sa voix puissante se fait ici murmure. Le pianiste Paul Smith ne pourrait être meilleur accompagnateur. Ce moment d'intimité a été souvent repris, mais la version guitare jazz de Django Reinhardt est sans aucun doute la plus belle. (Source: Les 1001 chansons..., Editions Flammarion)

Will you love me tomorrow (1960)

The Shirelles: Will love you tomorrow (1960)

Will You Love Me Tomorrow? by The Shirelles on Grooveshark

Classé n°1 de Billboard en 1961, cette chanson de The Shirelles est importante, car elle a ouvert la voie au girl groups qui ont dominé la pop jusqu'à ce que les Beatles déferlent sur l'Amérique. Dans le sillage du n°2 des Drifters, There goes my baby, elle a scellé la relation entre soul et riffs joués sur des cordes. Surtout, elle a repoussé les tabous d'une sexualité explicite et jeté  judicieusement un pont entre l'Amérique d'Eisenhower (quand elle a été enregistrée) et celle de Kennedy (quand elle est entrée dans les hit-parades).
The Shirelles n'ont pas sauté de joie en apprenant que Gerry Goffin avait mis des paroles sur un air que son épouse, Carole King avait oublié sur son magnétophone. De plus, leur chanteuse solo Shirley Owens, n'aimait pas trop l'histoire qu'il lui fallait raconter. On était pourtant à deux doigts de Hair, de Oh! Calcutta! et de l'amour libre. Cette chanson est L'Amant de Lady Chatterley de la pop.
Bien que brillamment interprété et doté d'une mélodie de qualité, ce morceau doit tout à l'audace incroyable de ses paroles. Un adolescente envisage de sacrifier sa virginité et exige de son petit ami qu'il soit toujours là quoi qu'il advienne (n'oublions pas qu'à cette époque, la pilule n'existait pas et que l'avortement était interdit). Le titre a été repris par de nombreux artistes dont Dusty Springfield, Dionne Warwick, les Bee Gees, Cliff Richard et Brian Ferry. (Source: Les 1001 chansons..., Editions Flammarion)

The Clik song (qongqothwane) (1960)

Miriam Makeba: The Clik song (Qongqothwane) (1960)

The Click Song by Miriam Makeba on Grooveshark

Elle était chanteuse, actrice et militante politique. Elle a chanté pour des présidents et été reçue par le pape. Elle a été la première Africaine a remporter un Grammy et on la surnommait "Mama Afrika" ou encore "l'impératrice de la chanson africaine". Miriam Makeba est surtout connue en dehors du continent noir pour sa chanson Pata pata qui a d'ailleurs été repris par Sylvie Vartan sous le titre Tape tape.
Son interprétation d'une chanson traditionnelle xhosa, Qongqothwane, a initié le public occidental à la musique africaine. Les Amricains, tout particulièrement, ont été émerveillés par la série de "clicks présents en xhosa, la langue natale de Makeba. Le Time a comparé au "bruit d'un bouchon de champagne qui saute" ces sont étonnants nés, pour certains, du claquement de la langue contre l'arrière des dents. Dès les premières critiques parues dans Billboard en 1960, les journalistes l'ont surnommée la "click click girl".
The Clik song sera pendant 50 ans un morceau incontournable de tous ses concerts même si Miriam Makeba, ambassadrice de la conscience noire, n'ignorait pas l'aspect "exotique" du morceau. C'est seulement après la fin de l'apartheid qu'elle a enregistré une nouvelle version en studio pour son ultime album, Reflections (2004). (Source: Les 1001 chansons..., Editions Flammarion)

Oh Carolina (1960)

Folkes Brothers: Oh Carolina (1960)

Oh Carolina by Folkes Brothers on Grooveshark

Il est évident que l'industrie musicale jamaïcaine existait bien avant la sortie de Oh Carolina, mais cette chanson marque pour beaucoup le début de la maturité musicale de la Jamaïque. On a ici affaire au premier enregistrement à la saveur rasta, à la première production de Prince Buster et au premier exemple d'une pop jamaïcaine qui se voudrait intemporelle.
Les Folkes Brothers (John, Mico et Junior) ont rencontre Prince Buster dans le magasin de vins et spiritueux de Duke Reid, où ils passaient une audition. Ils chantaient du mento (une musique jamaïcaine des années 30 proche du Calypso); mais Buster y décela quelque chose d'assez personnel. Il s'était déjà fait un nom avec ses sonos d'extérieur et cherchait à présent à s'imposer comme producteur et propriétaire de label. Impressionné par les trois frères, il les a invités à enregistrer. Oh Carolina est née en studio de l'enthousiasme des trois frères, accompagnés par Owen Gray au piano et par Count Ossie, un vieux rasta qui jouait du nyahbhingi (instrument de percussion d'origine africaine).
La chanson a connu un succès immédiat en Jamaïque et a valu à Prince Buster de s'imposer dans le petit monde du show-busisness. Les Folkes Brothers ont disparu assez rapidement; cependant, lorsque le changteur reggae Shaggy a repris Oh Carolina, John Folkes a attaqué Prince Buster, qui s'était attribué la paternité des paroles. Il a remporté son procès... et les royalties y afférentes. (Source: Les 1001 chansons..., Editions Flammarion)

dimanche 14 septembre 2014

Chaje Shukarije (1960)

Esma Redzepova: Chaje Shukarije (1960)

Chaje Shukarije by Esma Redzepova on Grooveshark

Appelée à juste titre la "Reine des gitans", Esma Redzepova fait connaître au monde entier depuis 50 ans la musique tzigane des Balkans. Née dans une famille rom de Skopje, en Macédoine, elle danse et chante depuis l'enfance. Après avoir remporté un concours de chant en 1956, Esma est remarquée par le chef d'orchestre macédonien Stevo Teodosievski et quitte l'école pour devenir chanteuse professionnelle.
Pour avoir chanté en macédonien, en serbe et dans sa langue natale, le romani, Esma était très appréciée du président Tito, le dirigeant de la Yougoslavie, qui l'a envoyée avec l'ensemble Teodosievski à l'étranger en tant que représentants de la Yougoslavie socialiste: le mariage réussi entre ballades orientales et airs de danse des Balkans a su conquérir un vaste public.
Chaje Shukarije ("La belle fille" en romani) a été l'un des premiers succès d'Esma: il parle d'un jeune homme amoureux d'une beauté qui le repousse. Avec son accordéon, sa clarinette et ses battements de mains frénétiques, le refrain de Chaje Shukarije fait hurler les foules chaque fois qu'Esma l'entonne. Devenu un standard des Balkans, cette chanson a été jouée par d'innombrables fanfares tziganes, des chanteurs pop ou encore des orchestres de jazz. En 2007, elle a accompagné le générique d'ouverture du film Borat! de Sacha Baron Cohen. Esma était une légende vivante des Balkans et son action auprès des réfugiés des guerres yougoslaves lui a valu d'être proposée à deux reprises pour le prix Nobel de la paix. (Source: Les 1001 chansons..., Editions Flammarion)

Wondrous Place (1960)

Billy Fury:Wondrous Place (1960)

Wondrous Place by Billy Fury on Grooveshark

Idole de la pop, Billy Fury, de son vrai nom  Ronald Wycherley, était un artiste de studio, un compositeur et un rocker de talent, très remarqué par ses prestations sur scène ou à la télévision.
Wondrous Place convenait à merveille à l'homme au costume en lamé argent. Ciselé par deux auteurs d'Elvis et gravé à l'origine aux Etats Unis par Jim "Handyman" Jones, ce morceau a été le Heartbreak Hotel de la pop anglaise, chambre d'écho comprise. Comme Fury, le producteur de télévision Jack Good était convaincu que l'atmosphère étrange, un peu distante, de la chanson constituait un excellent choix: "On voulait tous les deux quelque chose évoquant les bayous comme le Crawfish d'Elvis Presley. Billy était fabuleux sur scène quand il jouait ça."
Avec d'inquiétantes pauses vocales et un accompagnement instrumental minimaliste, cette chanson marchait très bien en concert. Fury l'aimait tant qu'il l'a enregistré à 5 reprises. Même si c'est aujourd'hui un classique du rock'n'roll anglais au même titre que Move it! de Cliff Richard et Endless Sleep de Marty Wilde, ce titre n'a jamais fait mieux que n°25 dans les hit-parades des singles anglais.
La chanson a franchi les décennies. Il y a quelques années, une pub télé pour la Toyota Yaris la reprenait et le chouchou des Indés, The Last Shadow Puppets, en a enregistré une version fabuleuse en 2008 pour la face B de son premier single. (Source: Les 1001 chansons..., Editions Flammarion)

Mack the knife (1959)

Bobby Darin: Mack the knife (1959)

Mack the Knife by Bobby Darin on Grooveshark

Mack the knife a figuré au sommet des hit-parades américain et britannique. La chanson a été écrite en 1928 pour la ballade de Brecht et Weill intitulée Die Moritat von Mackie Messer (La complainte de Mackiel le Surineur), qui était le thème de leur Opéra de quat'sous-Mackie s'inspirant du personnage de Macheath dans L'opéra du gueux de Joh Gay. Mark Blitzstein en avait rédigé les paroles en anglais en 1954.
Bobby Darin a eu envie d'interpréter la chanson après avoir entendu la version de Louis Armstrong en 1956. Au début, il n'était pas certain de vouloir la sortir sous la forme d'un 45 tours, mais celle ci est restée classée 9 semaines en tête du Hot 100 de Billboard et la version jazzy de Darin était la meilleure, selon Frank Sinatra.
Sinatra avait un excellent jugement. Le plus gros succès de Darin lui a valu d'obtenir les Grammy de meilleur nouvel artiste de l'année (1959) et de meilleure performance vocale. Même s'il n'allait jamais faire mieux que Mack the knife, Darin a créé plusieurs chansons qui ont figuré dans le Top 10 jusqu'au milieu des années 60, mais sa popularité a décru avec la multiplication des chanteurs écrivant leurs propres textes. Cependant, cette chanson n'a jamais été réellement démodée et a été reprise par le chanteur des Who, Roger Daltrey, sur la bande originale du film Mack the knife (1989) ainsi que par Kevin Spacey, qui joue le rôle de Darin dans Beyond the sea. (Source: Les 1001 chansons..., Editions Flammarion)

Shout (Parts 1 & 2 ) (1959)

The Isley Brothers: Shout (Parts 1 & 2) (1959)

Shout (Parts 1 & 2) by The Isley Brothers on Grooveshark

En interprétant la partition vocale avec les voix se répondent de Lonely Teardrops, morceau de doo-wop mélancolique de Jackie Wilson, les Isley Brothers avaient ajouté un vers qui appelaient une réponse et signifiait "Vous savez que vous me donnez envie de crier". Or, le public de Washington D.C. avait réagi en conséquence. Profitant de ce succès, un responsable du label RCA présent dans le public avait engagé les frères Isley et leur avait suggéré d'élaborer une chanson autour de ce concept d'interaction avec le public. O'Kelly, Ronald et Rudolph Isley avaient déjà l'expérience du gospel; ils allaient alors utiliser leur talent pour une autre musique.
Shout allait devenir un classique et atteindre des records de ventes, malgré son faible succès au hit-parade. Produit par le duo Hugo et Luigi (Hugo Peretti et Luigi Creatore) du Brill Building, où étaient produits de grands succès de la pop, le titre avait été réparti sur les deux face d'un 45 tours, la partiev essentiel figurant sur la face A, et la participation du public sur la face B. Shout se révèle un disque enthousiasmant, construit autour d'une interaction entre les artistes et le public.
L'inspiration à l'origine du disque n'allait pas durer cependant, et les frères ne la retrouveraient qu'une fois les années 60 écoulées, même si leur carrière allait être émaillée d'autres bons morceaux, peut être même encore plus vivant que Shout. Il y a eu de nombreuses reprises de la chanson, notamment la version de 1964 de la célèbre chanteuse écossaise Lulu. Cette dernière n'interprète pas sa 2e partie, qui fait l'objet d'une version brillante dans la scène mémorable d'une fête de fraternité d'étudiants dans un film datant de 1978, American College. La performance de l'orchestre fictif d'Otis Day & the Knights y est si convaincante qu'elle a ensuite donné lieu à un enregistrement. (Source: Les 1001 chansons..., Editions Flammarion)

I only have eyes for you (1959)

The Flamingos: I only have eyes for you (1959)

I Only Have Eyes For You by Flamingos on Grooveshark

Interprétée pour la première fois sous la forme d'un duo en partie chanté et en partie parlé par Dick Powell et Ruby Keeler dans le film Dames de 1934, la chanson I only have eyes for you est rapidement devenue un classique des répertoires. Elle était un morceau privilégié des artistes du doo-wop, notamment Tin Pan Alley, durant les années 50. Il est un peu surprenant que son enregistrement ait incombé aux Flamingos, un groupe de Chicago qui avait réalisé plus d'une dizaine de titres qui n'avaient pas marché entre 1953 et 1958.
L'arrivée parmi les Flamingos de l'arrangeur Terry Johnson et du producteur George Goldner a suscité un nouvel intérêt pour le groupe. Ce sextette est entré pour la première fois au hit-parade avec Lovers never say goodbye avant que Goldner ne l'encourage à collaborer avec Tin Pan Alley pour puiser de l'inspiration chez ce dernier. Le succès à été immédiat: soutenue par une section rythmique majestueuse, la voix plaintive et élégante de Nate Nelson est rehaussé par un choeur qui fait écho au solliste en arrière-plan. Ce chant s'avère à la fois éthéré et pénétrant. La chanson est devenue le titre privilégié du groupe et reste l'un des morceaux les plus impressionnants des années 50.
Le groupe n'a jamais eu autant de succès avec ses autres titres. La chanson a cependant été immortalisée grâce à sa reprise dans le titre American Graffiti de George Lucas en 1973, et 25 ans plus tard dans un épisode de Buffy contre les vampires. (Source: Les 1001 chansons..., Editions Flammarion)

samedi 13 septembre 2014

What'd i say (Parts 1 & 2) (1959)

Ray Charles: What's I say (Parts 1 & 2) (1959)

What'd I Say Parts 1 & 2 by Ray Charles on Grooveshark

L'histoire de cette chanson est celle d'un improvisation digne d'un récit hollywoodien. Ray Charles et son groupe auraient eu à jouer pendant un quart d'heure supplémentaire à la fin d'un long dîner dans un club. Ayant épuisé le répertoire du groupe, Charles a commencé à exécuter un riff au piano, improvisant des paroles tandis que les musiciens se joignaient à lui. Cela a donné lieu à un déchaînement du public. Le chanteur aurait ensuite appelé Jerry Wexler, suggérant à son production que la chanson qu'il venait d'improviser avait "du potentiel".
Même ai cours de l'enregistrement en studio qui a eu lieu ensuite, réduit à l'essentiel par l'ingénieur Tom Dowd pour obtenir un morceau de 6 minutes 30, réparti sur les deux faces d'un 45 tours, What'd I say semble, étonnamment joué à l'oreille. Par la suite, Charles a interprété ce morceau à la fin de chaque concert.
En termes de structure musicale, What'd I say consiste en une poignée de couplets rimés, menés par un blues de douze mesures composé dans les règles de l'art. Mais le succès ne s'obtient pas que sur le papier. Le piano rythmé, la batterie dynamique nuancée de rythmes latins de Milt Turner et, surtout, la voix lascive et inspirée du gospel de Charles, à laquelle font écho les Raelettes, ses choristes, font de la chanson un titre remarquablement puissant et entraînant. Le succès du 45 tours montre que, parfois, ce n'est pas ce que l'on joue, mais la façon dont on le joue, qui compte. (Source: Les 1001 chansons..., Editions Flammarion)

Brand New Cadillac (1959)

Vince Taylor & His Playboys: Brand New Cadillac (1959)

Brand New Cadillac by Vince Taylor & His Playboys on Grooveshark

Après avoir passé de nombreuses années aux Etats Unis, Brian Holden, de retour dans son pays natal a adopté le nom de Vince Taylor et entrepris d'initier la Grande-Bretagne au rythme primitif et bruyant du rockabilly. Ses premiers 45 tours étaient des reprises -Right behind you baby de Ray Smith et Pledging my love de Johnny Ace-, mais sur la face B du second disque figurait ce titre écrit de sa main.
Dès les premières mesures, menées par la guitare répétitive de Joe Moretti, il apparaissait que ce morceau était novateur. Au pays des Ford Consul et des Morris Oxford, l'idée d'une petite amie conduisant une automobile dotée d'ailerons était originale. Offrant un contraste immédiat avec le style maniéré de ses contemporains britanniques, Taylor possédait une voix sauvage, qui aurai pu être enregistrée dans les studios Sun. Il s'écrie même "Hangin' on Scottie, here we go!" avant le second solo, comme s'il s'adressait au guitariste de Presley, Scotty Moore, plutôt qu'à l'écossais Moretti.
Bien que révéré par beaucoup d'artistes par la suite, de Van Morisson à Joe Strummer, le rocker vêtu totu de cuir à rapidement sombré. Devenant de plus en plus dépendant de l'alcool et des drogues, il s'était adressé au public en ces termes en 1964: "Mon nom est Mateus. Je suis le nouveau Jésus, le fils de Dieu". Il n'est pas étonnant qu'il soit devenu le modèle du personnage de Ziggy Stardust incarné par David Bowie en 1972, un personnage,qui, comme lui, finit par se détruire. (Source: Les 1001 chansons..., Editions Flammarion)

To know him is to love him (1958)

The Teddy Bears: To know him is to love him (1958)

To Know Him Is To Love Him by The Teddy Bears on Grooveshark

Phil Spector a atteint sans difficulté le sommet des palmarès dès son premier titre. Il s'était révélé doué pour écrire, produire et constituer un groupe. C'est ainsi que trois anciens lycéens de la Fairfax High School de Los Angeles se sont baptisés les Teddy Bears et ont enregistré la complainte To know him is to love him?
Adolescent, Spector s'était inspiré de l'inscription figurant sur la pierre tombale de son père pour écrire cette chanson, et avait fait appel à la petite amie de son meilleur ami, Annette Kleinbard (qui a ensuite adopté le pseudonyme de Carol Connors et est devenue un auteur de chansons réputé), afin qu'elle interprète le titre avec Marshall Leib, le troisième des Teddy Bears, ainsi que lui-même. Spector a organisé une session au cours de laquelle les Teddy Bears accompagnés du batteur débutant Sandy Nelson ont enregistré To know him is to love him en 20 minutes aux studios Gold Star de Hollywood. Le label Dore avait relégué le titre sur la face B du disque, mais un DJ de Fargo, dans le Dakota du Nord, l'a passée d'emblée. Au bout de 10 semaines de ventes, en décembre 1958, le single allait être placé en tête du Hot 100 de Billboard pendant 3 semaines.
La chanson s'est avérée extrêmement facile à adapter et était l'un des titres favoris des Beatles à leurs débuts. Elle a de nouveau figuré dans les palmarès avec Peter & Gordon et Bobby Vinton. Elle est même parvenue en tête du hit parade de la country en 1987, lorsqu'elle a été joliment détournée par le trio légendaire formé par Dolly Parton, Linda Ronstadt et Emmylou Harris. (Source: Les 1001 chansons..., Editions Flammarion)

Nel blu dipinto di blu (1958)

Domenico Modugno: Nel bliu dipinto di blu (1958)

Nel blu dipinto di blu by Domenico Modugno on Grooveshark

Nel blu dipinto di blu (Dans le bleu peint en bleu) est davantage connue simplement sous le nom de Volare (Voler) en raison de son refrain. Même s'il avait déjà un certain succès dans son Italie natale, Domenico Modugno n'a jamais fait mieux qu'avec ce titre à succès, qui a passé 5 semaines au sommet des palmarès américains en 1958, lui permettant de se voir décerner deux Grammy et trois disques d'or. Par ailleurs, tout au long de sa carrière musicale et même une fois entré en politique, l'artiste a été surnommé "Mr Volare".
Selon le coauteur du titre, Franco Migliacci, l'idée du titre, Nel blu dipinto du blu, lui est venu un jour où il regardait le dos d'un paquet de cigarettes, plongé dans ses pensées. Cela lui avait en quelque sorte inspiré l'histoire d'un homme qui rêve qu'il est emporté dans le ciel après avoir peint son visage et ses mains en bleu. Modugno l'avait aidé à élaborer les paroles et avait composé la mélodie. Arrangée pour un grand orchestre de cuivres, la chanson est bientôt devenue un tube.
Après être arrivée en tête au Festival de musique de San Remo en 1958, la chanson a été présentée par l'Italie à l'Eurovision la même année. Même si elle n'a alors atteint que la 3e place, elle a été classée seconde chanson la plus populaire dans l'histoire de l'Eurovision lors des célébrations du 50e anniversaire du concours, se voyant voler la vedette par Waterloo d'ABBA. Cliff Richard, David Bowie et les Gypsy Kings font partie des nombreux artistes ayant repris cette chanson en différentes langues. (Source: Les 1001 chansons..., Editions Flammarion)

One for my baby (and one more for the road) (1958)

Frank Sinatra: One for my baby (and one more for the road) (1958)

One For My Baby (And One More For The Road) by Frank Sinatra/Axel Stordahl & His Orchestra on Grooveshark

In the wee small hours est le premier album concept de Sinatra qui a bien marché: il contenait 16 ballades évoquant le désespoir lié à l'amour perdu (inspirées par sa séparation avec Ava Gardner), construites autour des arrangements empathiques de Nelson Riddle. Après la sortie de l'album, Sinatra a continué à réaliser des albums à thème. Only the lonely se situe dans cette dernière catégorie. One for my baby en est le morceau phare.
Composé de paroles de Johnny Mercer, auquel n'était pas étrangère non plus la douleur noyée dans l'alcool, One for my baby -un pour par chérie (et un autre pour la route)- a été interprétée pour la première fois sans conviction par un Fred Astaire trop suave dans un film de 1943, L'aventure inoubliable. Sinatra l'a ensuite chanté à deux reprises, mais aucune de ses versions n'est devenue célèbre. Dans son album, il a donc opté pour un tempo plus lent, a demandé à Riddle de rester discret et à mis en valeur le rôle du pianiste Bill Miller.
Contrairement à Astaire, Sinatra n'insiste pas sur les allusions à l'alcool. Sa version de One for y baby est surtout marquée par la façon dont il interprète le reste des paroles: il chuchote presque le premier vers, affiche un désespoir total lorsqu'il pousse le barman à "passer une musique simple et triste", et s'éloigne du micro à la fin. Dans sa biographie du chanteur, Will Friedwald décrit le morceau comme la plus belle pièce musicale dans laquelle Sinatra ait joué. (Source: Les 1001 chansons..., Editions Flammarion)