Né en Caroline du Nord en 1938, le chanteur de soul Ben Nelson est allé vivre à Harlem quand il avait 9 ans. Il est entré en 1958 dans la petite formation de doo-wop des Five Crowns dont les musiciens venaient remplacer les Drifters, le manager de ces derniers les ayant congédiés au bout de quelques mois. Nelson a chanté dix chansons des nouveaux Drifters et a coécrit le tube There goes my baby en 1959, puis a quitté le groupe en 1960 lorsqu'on lui a refusé une augmentation de salaire et des royalties convenables.
Nelson a pris alors le nom de Ben E. King et entamé une carrière solo. Son premier succès évoque le quartier de son enfance. On ne peut pas dire que les paroles de Lieber soient d'un très haut niveau mais cela n'a pas d'importance, vu le charme de la mélodie et l'éclat de son arrangement. Beaucoup de choses sont dites en 3 minutes à peine. Les marimbas d'ouverture, la mélodie délicieusement syncopée, l'écho discret, les cordes et l'accompagnement vocal des Gospelaires (dont Dionne Warwick), tout concourt à créer une nostalgie très latino. Spanish Harlem a été un succès, mais n'est arrivé qu'en 15e position au hit parade R&B de Billboard; il a aussi été n°10 dans son hit-parade de la pop. C'est pourtant devenu un standard très populaire et ses reprises son innombrables (The Mamas & The Papas, Trini Lopez ou encore John Barry); la version d'Aretha Franklin est certainement la plus belle de toutes. (Source: Les 1001 chansons..., Editions Flammarion)
Des propos absurdes de Lonnie Donegan avoquant "une ligne de chemin de fer" au large de la Nouvelle Orléans à l'imitation d'Elvis par Cliff Richard (la première en Angleterre), on peut dire que le chemin du rock'n'roll a été ponctué par toute sorte d'emprunts. C'est seulement avec le quatrième 45 tours d'un groupe londonnien, Johnny Kidd & The Pirates, que le rock britannique a trouvé ses marques et appris à innover plutôt qu'à imiter. Pourtant, comme le tube Move it de Cliff en 1958, Shakin' all over (n°1 en Angleterre) devait à l'origine constituer la face B d'un single moins sauvage-dans le cas présent, un vénérable air de jazz intitulé Yes sir, That's my baby.
Ecrite à la hâte dans un bar de Soho la veille de l'enregistrement, la face B en question a été gravée en une seule prise. Avec son fort accent anglais, le borgne Johnny Kid (de son vrai nom Fred Heath) récite une litanie de sensations, inspirée d'une remarque que faisaient ses amis et lui même quand ils voyaient passer une belle fille: "She gives me the quivers down the membranes" (Elle me fait palpiter les membranes).
Les Pirates ont recruté le musicien de studio écossait, Joe Moretti pour son accroche à la guitare en mode mineur; il a créé l'effet de "tremblement" en overdub précédant le refrain en faisant glisser un briquet sur les touchettes, ce qui lui a valu de gagner une livre sterling de plus que prévu par contrat.
L'atmosphère spectrale est due au picking délicat d'Alan Caddy, qui évolue dans le registre supérieur tel un écho en pizzicato à la ligne de basse de Brian Gregg. Dans le solo mémorable de Moretti-précédé d'un roulement de tambour de Clem Cattini (ajouté pour étoffer le disque)-, on entend déjà les prémices de la guitare de George Harrison ou de Keith Richards. (Source: Les 1001 chansons..., Editions Flammarion)
En avril 1960, Ella Fitzgerald a fait une pause après l'enregistrement long et difficile de sa série Great American songbook. Avec pour tout accompagnateur le pianiste Paul Smith, elle a gravé 13 chansons pour la bande originale de Que personne n'écrive mon épitaphe. Adapté d'un roman de Willard Motley, le film de Philip Leacock a pour cadre la pauvreté et le crime dans le South Side de Chicago. Ella y joue une pianiste droguée, Flora, aux côtés d'acteurs tels que Shelley Winters, Jean Seberg et Burl Ives. Chacun a oublié le film, mais on peut en entendre la musique sur le CD the Intimate Ella.
Une des chansons avait pour auteur Kurt Weil, compositeur juif allemand qui avait fui son pays à l'arrivée des nazis et s'était réfugié en Amérique en 1935. Là, il a oublié ses partitions engagées pour les pièces de Bertolt Brecth et s'est lancé dans la chanson et le music-hall. C'est dans l'une de ses premières comédies musicales, Knickerbocker Holiday, jouée à Braodway en 1938, que l'on entend pour la première fois September song.
Lente, langoureuse, la chanson parle d'un amoureux qui passe "quelques jours précieux" avec sa bien aimée. Ella caresse la chanson plus qu'elle ne la chante, et sa voix puissante se fait ici murmure. Le pianiste Paul Smith ne pourrait être meilleur accompagnateur. Ce moment d'intimité a été souvent repris, mais la version guitare jazz de Django Reinhardt est sans aucun doute la plus belle. (Source: Les 1001 chansons..., Editions Flammarion)
En interprétant la partition vocale avec les voix se répondent de Lonely Teardrops, morceau de doo-wop mélancolique de Jackie Wilson, les Isley Brothers avaient ajouté un vers qui appelaient une réponse et signifiait "Vous savez que vous me donnez envie de crier". Or, le public de Washington D.C. avait réagi en conséquence. Profitant de ce succès, un responsable du label RCA présent dans le public avait engagé les frères Isley et leur avait suggéré d'élaborer une chanson autour de ce concept d'interaction avec le public. O'Kelly, Ronald et Rudolph Isley avaient déjà l'expérience du gospel; ils allaient alors utiliser leur talent pour une autre musique. Shout allait devenir un classique et atteindre des records de ventes, malgré son faible succès au hit-parade. Produit par le duo Hugo et Luigi (Hugo Peretti et Luigi Creatore) du Brill Building, où étaient produits de grands succès de la pop, le titre avait été réparti sur les deux face d'un 45 tours, la partiev essentiel figurant sur la face A, et la participation du public sur la face B. Shout se révèle un disque enthousiasmant, construit autour d'une interaction entre les artistes et le public.
L'inspiration à l'origine du disque n'allait pas durer cependant, et les frères ne la retrouveraient qu'une fois les années 60 écoulées, même si leur carrière allait être émaillée d'autres bons morceaux, peut être même encore plus vivant que Shout. Il y a eu de nombreuses reprises de la chanson, notamment la version de 1964 de la célèbre chanteuse écossaise Lulu. Cette dernière n'interprète pas sa 2e partie, qui fait l'objet d'une version brillante dans la scène mémorable d'une fête de fraternité d'étudiants dans un film datant de 1978, American College. La performance de l'orchestre fictif d'Otis Day & the Knights y est si convaincante qu'elle a ensuite donné lieu à un enregistrement. (Source: Les 1001 chansons..., Editions Flammarion)
Les images emblématiques de la rébellion dans le rock'n'roll sont celles d'un jeune homme conduisant une voiture, d'un jeune homme avec une banane et d'un jeune homme avec une guitare. Eddie Cochran, mort à 21 ans, bien trop tôt, possédait ses trois caractéristiques. Il n'était musicien que depuis deux ans et a laissé à la nouvelle génération d'adolescents deux classiques intemporels, Summertime Blues et C'mon everybody. Ces chansons ont d'ailleurs inspiré un grand nombre de rockers, des Who à Marc Bolan.
Si Elvis Presley a permis au rock'n'roll de figurer dans les palmarès des Etats Unis quelques années avant Cochran, son image était cependant davantage celle d'un sex-symbol que d'un rebelle. Eddie exprimait en revanche la colère des adolescents. Sa désapprobation quant à l'âge trop tardif du droit de vote traduisait ainsi les attentes d'une génération de jeunes désenchantés. Summertime Blues n'a rien de commun avec Rage Against the Machine, mais, à l'époque, alors que les adolescents commençaient à se forger une identité, la chanson était une véritable révolution culturelle.
L'importance de ce morceau n'a fait que croître au cours des décennies, les commentateurs du travail de Cochran semblaient incapables de ne pas utiliser le cliché de l'artiste décédé dans la fleur de l'âge, qui laisse derrière lui une oeuvre réussie. Sa mort dans un accident de voiture, à cause de l'explosion d'un pneu, a privé le monde de son intelligence et de son naturel. Qui sait? Il aurait peut être été un autre Bob Dylan. (Source: Les 1001 chansons..., Editions Flammarion)
Stagger Lee est l'histoire de Lee Shelton, un conducteur de fiacre et proxénète qui, le soir de Noël 1895, a tiré sur son ami, Williams "Billy" Lyons dans un bar de Saint Louis dans le Missouri. Les deux hommes avaient bu et commençaient à se disputer sur un sujet politique. Lyons a arraché son chapeau à Lee et a refusé de le lui rendre. Lee a alors tiré sur Lyons, a récupéré son chapeau et est sorti calmement du bar. Lyons est mort de ses blessures par la suite. Lee a été jugé et condamné pour son crime et envoyé en prison.
L'impact de la chanson est lié à la figure archétypale de Stagger Lee, un homme de couleur, dur, froid et amoral qui défie l'autorité et les lois. La chanson elle-même est née au sein de communautés noires vivant le long de la partie basse du Mississippî au début du XXe siècle et a d'abord été éditée par le folkloriste John Lomax en 1910. Le musicien John Hurt, originaire dsu Mississippi, en a enregistré une version très réussie en 1928, mais il en existe bien d'autres versions.
Price a fait de la chanson un morceau de R&B, accompagné par une grande section de cuivres, plusieurs voix qui se répondent et un solo de saxophone ténor. Il l'a d'abord interprétée durant son service militaire en Corée et au Japon, de 1953 à 1956, faisant jouer aux autres soldats une pièce qu'il avait écrite, pendant que lui chantait. Libéré de ses obligations militaires, il a modifié la chanson et a été couronné de succès lorsque celle-ci a atteint la première position du Hot 100 de Billboard en janvier 1959. (Source: Les 1001 chansons..., Editions Flammarion)
"Burl Ives a chanté toutes les chansons populaires", avait soupiré la star du western swing Merle Travis en 1946, lorsque Capitol lui avait demandé d'enregistrer un album afin de profiter de l'engouement pour la musique traditionnelle américaine suscité par Woodie Guthrie. Travis s’était donc intéressée aux chants de travail et aux choeurs de forçats de la Dépression, et avait mis en musique certaines paroles de son père, mineur dans le Knetucky. On en a tiré une description réaliste du sort des mineurs américains. Dans l'Amérique maccarthyste, une telle sympathie pour l'ouvrier était considérée comme subversive, et certaines radios sont même allé jusqu'à interdire Travis.
9 ans plus tard, Tennessee Ernie Ford, un DJ de Pasadena, a repris la chanson. Si la version enregistrée par Travis était un morceau de guitare acoustique, celle de Ford est enrichie d'un arrangement du chef d'orchestre Jack Fascinato, dans le style d'un jazz fluide centré sur la clarinette, la basse slap et un obligato voilé à la trompette. Ford claquait des doigts uniquement pour entraîner l'orchestre mais le producteur Lee Gillette avait trouvé cela intéressant sur le plan rythmique et avait gardé ce son sur la bande.
La voix chaude de baryton de Ford a permis à la chanson d'obtenir un succès international alors que celle-ci ne devait initialement figurer que sur la Face B du disque: le titre est resté 8 semaines au sommet du hit-parade du magazine Billboard et ses ventes ont atteint un million d'exemplaires en l'espace d'un mois. (Source: Les 1001 chansons..., Editions Flammarion)
La remarquable carrière de Big Joe Turner s'étend des années 30 aux années 80. Il était parti de Kansas City pour New York pour prouver ses talents de blues shouter ("hurleur de blues"). Au cours d'une prestation désastreuse à l'Apollo Theater d'Harlem face à l'orchestre de Count Basie, il avait été méchamment chahuté. Le directeur d'Atlantic Records, Ahmet Ertegun, l'avait cependant convaincu de signer avec son label et de commencer à enregistrer du R&B.
De 1951 a 1956, Turner a réalisé 14 chansons à succès qui ont figuré au Top Ten du R&b. La plus mémorable était Shake, rattle and roll, qui était parvenue au sommet des hit-parades du R&B et avait occupé la 2e position dans le domaine des chansons pop. Ecrite par le vétéran du jazz de Kansas City Jesse Stone (sous le pseudo de Charles E. Calhoun), Shake, rattle and roll possède un rythme percutant qui permet à Turner d'exprimer son amour et son désir avec gaieté. La chanson a été interprétée par Bill Haley et Elvis Presley d'une manière expurgée cependant, les sois-entendus a caractère sexuel avaient été supprimés.
Turner avait 43 ans lorsqu'il a réalisé le plus gros succès de sa carrière avec Shake, rattle and roll et il a bénéficié de façon inattendue de l'apparition du phénomène rock'n'roll, car le DJ de Cleveland Alan Freed faisait sa promotion autant que celle de chanteurs plus jeunes. Il n'a plus connu une telle réussite après 1958, mais a continué d'enregistrer et de chanter jusqu'à sa mort, à l'âge de 74 ans. (Source: Les 1001 chansons..., Editions Flammarion)
Singin' in the rain avait figuré dans plusieurs films musicaux après avoir été interprétée pour la première fois dans Hollywood chante et danse, mais n'avait presque pas eu de succès. Si l'un de ses coauteurs n'avait pas fait preuve de ténacité, elle serait certainement restée inconnue du public.
Arthur Freed, au cours de la première moitié de sa carrière à Hollywood, exerçait la profession de parolier, écrivant des chansons en série pour la MGM. Grâce à une promotion obtenue à la fin des années 30, il avait ensuite occupé un poste de production dans le cinéma, mais n'avait jamais complètement abandonné la musique. Ainsi, au début des années 50, profitant du succès de films comme Parade de printemps et Un jour à New York, il avait décidé de bâtir une comédie musicale autour des chansons qu'il avait écrites au cours des années 20 et 30 avec le compositeur Nacio Herb Brown. Sa comédie musicale a été intitulée Singin' in the rain.
Il est presque impossible d'entendre la chanson en dehors du film, Gene Kelly n'a jamais été un grand chanteur, mais il était capable de vendre une chanson, notamment s'il se servait de ses talents de danseur. La chanson, hors du contexte du film est un petit morceau swingué sympathique, guère plus; cependant, accompagnée de sa chorégraphie, elle est irrésistible. Depuis qu'elle a été citée par tout le monde, de Stanley Kubrick aux comédiens britanniques Morecambe et Wise (dans un sketch de 1976), elle reste un symbole de gaieté. (Source: Les 1001 chansons..., Editions Flammarion)
Porgy & Bess a longtemps été l'objet de controverses en raison de la façon dont la vie des Afro-américains y était représentée. Cet opéra populaire écrit en 1935 par un musicien juif blanc, George Gershwin, est basé sur Porgy un roman de 1924 de DuBose Heyward, Un Blanc originaire du Sud, qui est aussi l'auteur de son livret. L'opéra a été accusé d'entretenir les stéréotypes des Blancs concernant la vie des Afro-américains. Cependant, les chansons qui y figurent n'ont pas fait l'objet des mêmes critiques, en particulier Summertime, devenu un standard de jazz.
Pour cette chanson, Gershwin s'est inspiré des negrospirituals. La mélodie de Summertime est essentiellement pentatonique, c'est à dire qu'elle emploie une échelle de cinq notes plutôt que l'échelle heptatonique classique ( de sept notes). Le thème principal n'est composé que de six notes et, par sa simplicité, il évoque une chansons populaire.
Interprétée par Sarah Vaughan, la chanson prend une intensité presque dramatique. Après deux séries de riffs répétitifs et descendants de cordes et de grosse caisse repris tout au long de la chanson, Vaughan commence à chanter avec beaucoup d'émotion. Des passages de cor et des arrangements voluptueux de cordes accompagnent sa voix riche et pleine de contralto. Dans son Summertime, la "vie est facile", mais on décèle aussi de l'anxiété et peut être une menace. Parmi toutes les versions de ce standard, peu sont aussi saisissantes, ou originales, que celle de Sarah Vaughan. (Source: Les 1001 chansons, Editions Flammarion)
Le film Stormy Weather est une comédie musicale s'inspirant assez librement de la vie de sa star principale, le danseur Bill "Bojangles" Robinson. Robinson interprète Bill Williamson, un danseur qui rentre chez lui après avoir fait la guerre en 1918 et tente de démarrer une carrière d'artiste. Sa bien aimée est une chanteuse appelée Selina Rogers, incarnée par Lena Horne. Le film d'une durée de 1h18 a été présenté en juillet 1943, remportant un grand succès. Il est célèbre pour avoir mis en scène plusieurs grands artistes afro-américains, notamment Cab Calloway et son orchestre, ainsi que le pianiste Fats Waller, mort quelques mois après sa sortie. Stormy Weather, la chanson qui a donné son titre au film, a été créée une décennie avant celui-ci. Elle a été écrite en 1933 par Harold Arlen avec des paroles de Ted Koehler. Elle a d'abord été interprétée par Ethel Waters au Cotton Club de Harlem. Lena Horne l'a ensuite enregistrée en 1941 pour RCA Victor, puis réenregistrée en 1943 pour la bande-son du film. Stormy Weather est une chanson traitant de la déception et du regret, la chanteuse se languissant de son homme absent. Le mauvais temps sert de métaphore à ses sentiments: "Don't know why thr's no sun up in the sky[...] Since my man an I ain't together/Keeps rainin'all the time" (Je ne sais pas pourquoi le soleil n'est pas haut dans le ciel[...] Depuis que mon homme et moi sommes séparés/Il pleut tout le temps"). La chanson plaît depuis sa création à tous les chanteurs de chansons d'amour. (Source: Les 1001 chansons..., Editions Flammarion)
Strange Fruit a été inspiré par une photographie. Lorsque Abel Meeropol, professeur dans un lycée, avait vu le cliché de deux hommes noirs pendus à un arbre, entourés d'une foule de spectateurs blancs, il s'était mis à écrire un poème pour protester contre le lynchage d'Afro-Américains par des groupes d'autojusticiers blancs. "Southern trees bear a strange fruit" ("Les arbres du Sud portent un étrange fruit"), avait il écrit, faisant référence à l'étendue de ce problème touchant le Sud profond, n'ayant semble t-il pas remarqué que la photographie avait été faite dans la ville de Marion, dans l'Indiana.
Le poème de Meeropol avait été porté à la connaissance de Billie Hollyday, qui l'avait intégré à son répertoire. Lorsque la chanteuse avait tenté de l'enregistrer pour la première fois, elle avait subi les foudres de dirigeants de Columbia Records, qui jugeaient le sujet trop brûlant. Mais Commodore, un label concurrent, avait eu le courage d'affronter ce que Columbia avait redouté. En dépit des efforts de certaines stations de radio, qui refusaient de passer la chanson, et des producteurs de concerts qui empêchaient la chanteuse de l'interpréter, Billie Hollyday était là en possession d'un succès.
Le poème de Meeropol tout comme l'enregistrement de Billie Hollyday sont bouleversants, et le poids de leur message est amplifié par sa simplicité: une métaphore de douze vers énoncée d'une voix brute avec un accompagnement puissant. La chanson a eu beaucoup d'impact, mais on l'entend rarement à la radio. (Source: Les 1001 chansons..., Editions Flammarion)
Louis Armstrong, célèbre interprète de Hello Dolly et What a wonderful world était aussi la figure la plus novatrice du jazz dans les années 20. Il était un révolutionnaire sur le plan musical, un trompettiste qui avait cessé de jouer dans des orchestres pour devenir le plus grand soliste et improvisateur de l'histoire du jazz.
Le musicien était aussi un chanteur doté d'une belle voix profonde, qui rend très poignante cette chanson classique. Celle ci est issue d'une chanson populaire anglaise évoquant un marin qui dépense son argent dans la fréquentation de prostituées et meurt d'une maladie vénérienne au St James Hospital de Londres. Dans la version enregistrée par Armstrong en 1928, l'action se déroule aux Etats Unis et relate l'histoire d'un homme qui se rend à l'hôpital et apprend que sa petite amie est morte. L'auteur de la chanson traditionnelle a été oublié depuis longtemps. Toutefois, celle ci est parfois attribuée à Joe Primrose, le pseudonyme utilisé par Irving Mills.
Les Hot Five que l'on entend ici sont en réalité un sextet composé d'un pianiste, d'un tromboniste, de deux clarinettistes, d'un saxophoniste, d'un banjoïste et d'un batteur. Ils commencent par jouer une introduction instrumentale funèbre, avant que la mélodie ne démarre sur un tempo moyennement rapide. Earl Hines exécute ensuite avec légèreté un solo de piano bastringue, avant qu'Amstrong, majestueux comme toujours, chante deux couplets. un solo de trombone s'ensuit, puis Armstrong joue une puissante partition de trompette. Aucune note n'est pléthorique. (Source: Les 1001 chansons qu'il faut avoir écoutées une fois dans sa vie, Editions Flammarion)
Cette chanson de blues a connu un énorme succès. Elle a été écrite par W.C.Handy, à une époque où il n'existait pas de hit-parade pour rendre compte de la popularité d'une chanson. Cependant, le revenu généré par la vente de ses partitions permet dans une certaine mesure d'évaluer son succès. La chanson a rapporté 25 000 dollars par an durant plus de 40 ans.
De nombreux musiciens de blues et de jazz l'ont enregistrée, mais aucune version ne surpasse celle de Bessie Smith. Accompagnée simplement par Fred Longshaw à l'harmonium et par un magistral Louis Armstrong au cornet, Smith chante tristement l'histoire de l'homme qu'elle aime, qui l'a quittée pour une femme élégante de Saint Louis. Handy a déclaré que cette chanson lui avait été inspirée par la rencontre d'une femme de Saint Louis qui se plaignait de l'absence de son époux. "Ma man's got a heart like a rock cast in da sea" ("le coeur de mon mari est une pierre lancée dans la mer") disait cette femme, une phrase qu'Handy a intégrée à sa chanson.
Le talent d'Handy transparaît dans la manière dont il a modifié la structure classique du blues, comportant douze mesures, en introduisant après le deuxième vers un interlude de seize mesures ayant le rythme d'une habanera-baptisé "Spanish Tinge", dont les temps sont irrégulièrement accentués. Cette partie contraste avec le simple blues du refrain et fait de la chanson l'une des complainte les plus poignantes du siècle. (Source: Les 1001 chansons qu'il faut avoir écoutées dans sa vie, Editions Flammarion)
Le populaire coureur cycliste Raymond Poulidor, si souvent second derrière Jacques Anquetil durant les années 60, fut parfois considéré comme une métaphore des Français de l'époque (ou du moins, des sportifs français), à qui il manquait une certaine rage de vaincre. (Source: Y'a d'la France en chansons, Editions Larousse)
Dès son premier album, la moitié des chansons de Georges Brassens évoquent la mort. Il y est notamment question du fossoyeur qui enterre à contrecoeur ses clients. La "camarde", comme il aime appeler la mort, est présente du début à la fin de son oeuvre, parfois simplement évoquée comme dans la Chanson pour l'Auvergnat ou dans Pauvre Martin. Chanson particulièrement populaire bien que complexe dans sa composition, la Supplique pour être enterré à la plage de Sète traite le sujet avec un détachement plein de poésie et de mélancolie souriante. D'autres compositions, et pas des moindres, décrivent le trépas avec ironie et même dérision. Trompe la mort et Funérailles d'antan sont l'occasion de railler avec bonhomie nos rituels, qu'il s'agisse de la tournée des tombes à la Toussaint ou des veillées funèbres qui devenaient vite, en d'autres temps, l'occasion de se retrouver et même de festoyer. Mais Brassens a aussi mis en mots et en musique l'usure irréparable du temps, la vieillesse. Là encore, avec un humour complice, il assure ici qu'il n'est pas pressé, pour mieux confier ailleurs que le cheveu blanchissant n'est qu'un subterfuge pour camoufler un "appétit" de jeune homme. Brassens s'ingénie, d'un couplet à l'autre, à repousser l'échéance, parce que, comme l'affirme l'une de ses phrases les plus célèbres: "Mourir pour des idées, d'accord, mais de mort lente." (Source: Y'a d'la France en chansons, Editions Larousse)
Avant le milieu du XXe siècle, les veillées, les fêtes calendaires les travaux des champs, les foires et marchés, les pardons permettent la rencontre entre jeunes gens. La communauté exerce son contrôle sur les fréquentations afin d'éviter les unions mal assorties. Avant d'être une affaire de coeur, le mariage suppose des accommodements familiaux et patrimoniaux. Jusque vers 1950, les négociations sont menés par un entremetteur (les bazhvalan en basse Bretagne). Elles s'achèvent par la visite (ar gweladenn) des biens respectifs des deux familles. Le calendrier agricole et le respect des interdits religieux expliquent la concentration des mariages certains jours, comme le "grand mardi" dans certaines paroisses du Vannetais, une semaine avant le mardi gras. Malgré l'imprégnation d'une culture catholique, les pratiques matrimoniales bretonnes se rapprochent désormais de celles du reste de la France: mariage lors des vacances scolaires, retard de l'âge au mariage, formes nouvelles de cohabitation, progression des divorces. (Source: Y'a d'la France en chansons, Editions Larousse)
Chanson lauréate du concours de chansons de Deauville. La Seine consacre le compositeur Guy Lafarge qui écrivit de nombreuses opérettes, dont Arabelle pour les Frères Jacques. Il fut également directeur artistique de la firme phonographique Decca. (Source: La Chanson Française à travers ses succès: Pierre Saka, Editions Larousse)
Ces bords de la Seine méritaient une si jolie chanson. L'image des fleuristes et des vieux bouquinistes restera à jamais gravée dans les mémoires, grâce à ce refrain. C'est la rencontre heureuse d'une voix chaude et sensuelle, d'un texte poétique et d'une mélodie populaire. Lucienne Delyle, qui était la femme du chef d'orchestre Aimé Barelli, a également chanté et enregistré Prière à Zumba, Mon amant de Saint-Jean, J'ai chanté sur ma peine, le Monsieur aux lilas. (Source: La Chanson Française à travers ses succès: Pierre Saka, Editions Larousse)