Il est évident que l'industrie musicale jamaïcaine existait bien avant la sortie de Oh Carolina, mais cette chanson marque pour beaucoup le début de la maturité musicale de la Jamaïque. On a ici affaire au premier enregistrement à la saveur rasta, à la première production de Prince Buster et au premier exemple d'une pop jamaïcaine qui se voudrait intemporelle.
Les Folkes Brothers (John, Mico et Junior) ont rencontre Prince Buster dans le magasin de vins et spiritueux de Duke Reid, où ils passaient une audition. Ils chantaient du mento (une musique jamaïcaine des années 30 proche du Calypso); mais Buster y décela quelque chose d'assez personnel. Il s'était déjà fait un nom avec ses sonos d'extérieur et cherchait à présent à s'imposer comme producteur et propriétaire de label. Impressionné par les trois frères, il les a invités à enregistrer. Oh Carolina est née en studio de l'enthousiasme des trois frères, accompagnés par Owen Gray au piano et par Count Ossie, un vieux rasta qui jouait du nyahbhingi (instrument de percussion d'origine africaine).
La chanson a connu un succès immédiat en Jamaïque et a valu à Prince Buster de s'imposer dans le petit monde du show-busisness. Les Folkes Brothers ont disparu assez rapidement; cependant, lorsque le changteur reggae Shaggy a repris Oh Carolina, John Folkes a attaqué Prince Buster, qui s'était attribué la paternité des paroles. Il a remporté son procès... et les royalties y afférentes. (Source: Les 1001 chansons..., Editions Flammarion)
In the wee small hours est le premier album concept de Sinatra qui a bien marché: il contenait 16 ballades évoquant le désespoir lié à l'amour perdu (inspirées par sa séparation avec Ava Gardner), construites autour des arrangements empathiques de Nelson Riddle. Après la sortie de l'album, Sinatra a continué à réaliser des albums à thème. Only the lonely se situe dans cette dernière catégorie. One for my baby en est le morceau phare.
Composé de paroles de Johnny Mercer, auquel n'était pas étrangère non plus la douleur noyée dans l'alcool, One for my baby -un pour par chérie (et un autre pour la route)- a été interprétée pour la première fois sans conviction par un Fred Astaire trop suave dans un film de 1943, L'aventure inoubliable. Sinatra l'a ensuite chanté à deux reprises, mais aucune de ses versions n'est devenue célèbre. Dans son album, il a donc opté pour un tempo plus lent, a demandé à Riddle de rester discret et à mis en valeur le rôle du pianiste Bill Miller.
Contrairement à Astaire, Sinatra n'insiste pas sur les allusions à l'alcool. Sa version de One for y baby est surtout marquée par la façon dont il interprète le reste des paroles: il chuchote presque le premier vers, affiche un désespoir total lorsqu'il pousse le barman à "passer une musique simple et triste", et s'éloigne du micro à la fin. Dans sa biographie du chanteur, Will Friedwald décrit le morceau comme la plus belle pièce musicale dans laquelle Sinatra ait joué. (Source: Les 1001 chansons..., Editions Flammarion)
Il est aujourd'hui difficile d'imaginer le film sans cette chanson, mais Over the rainbow a failli être supprimée du Magicien d'Oz. Après une première projection, des responsables de la MGM avaient demandé de l'enlever du film parce qu'elle ralentissait l'action. Seule l'intervention énergique d'Arthur Freed avait permis de conserver la ballade. Celle ci avait ensuite reçu l'oscar de la meilleure chanson originale.
Harold Arlen en avait imaginé l'air alors qu'il conduisait sur Sunset Bouvelard à Los Angeles, pour rejoindre le plateau du film. La musique n'avait pas immédiatement plu au parolier Yip Harburg. Mais lorsque Arlen, sur le conseil d'Ira Gershwin, en avait accéléré légèrement le rythme et atténué les harmonies ostentatoires, Harburg avait été séduit, et s'était mis à en écrire les paroles, qui évoquent un spectaculaire arc-en-ciel magnifiquement illustré par le flux et le reflux de la mélodie.
La chanson a depuis été enregistrée par des chanteurs aussi célèbres que Tony Bennet et Aretha Franklin; Arlen lui même avait essayé de la chanter, mais sa voix était d'une grande platitude. L'oeuvre appartiendra toujours à Judy Garland, dont la vie en était venue à refléter le mélange d'optimisme ingénue et de mélancolie désespérée de la chanson.
Comme l'avait déclaré Harburg, "son existence entière, proche d'un roman de Dostoievski, ressemblait à cette belle chansons pour enfants, pleine de chaleur et de gaieté, de beauté et d'espoir...et pourtant elle était si désespérée." (Source: Les 1001 chansons..., Editions Flammarion)
Si Charley Patton et Robert Johnson ont rendu le delta du Mississippi célèbre dans le monde entier grâce au Delta Blues, Enrico Caruso a conféré à Naples un prestige que ne sauraient atteindre Rome et Florence, pourtant plus riches et plus célèbres. Le ténor, qui possédait une voix magnifique, est en effet devenu l'un des artistes les plus réputés du monde.
Or Caruso reste l'icône de la canzone napoletana (chanson napolitaine) et O Sole Mio est l'hymne de Naples, une ballade épique qui unit sans effort la chanson populaire et l'opéra. Les maîtres de la canzone napoletana peuvent être considérés comme les précurseurs du duo Sinatra/Martin; Caruso a même constitué un modèle pour tous les crooners. Sa version de O Sole Mio possède un caractère typiquement napolitain. Même si l'artiste est l'un des plus grands ténors du monde de l'opéra, il est surtout célèbre pour avoir chanté l'hymne de sa ville natale. O Sole Mio signifie Oh! mon soleil. La chanson évoque d'abord gaiement une journée ensoleillée avant d célébrer longuement l'amour. Elle était populaire avant que Caruso ne l'interprète, car elle a été écrite en 1898, mais l'enregistrement du ténor l'a fait connaître dans le monde entier. L'interprétation qu'il en a faite au Metroipolitan Opera de New York plaisait tant que l'auditoire demandait toujours qu'il la chante une seconde fois. En l'interprétant au cours de ses concerts ou en l''enregistrant, Caruso a fait de O Sole Mio un classique, qui est devenu un nouvel hymne national italien. (Source: les 1001 chansons qu'il faut avoir écoutées dans sa vie, Editions Flammarion)
Pierre Dudan: On prend le café au lait au lit (1941)
On prend le café au lait au lit n'est pas le premier succès de Pierre Dudan. En 1938, alors qu'il est arrivé à Paris depuis peu, Lucienne Boyer impose une autre de ses compositions, Parti sans laisser d'adresse. Ce bel homme, né à Moscou en 1916 d'une mère russe et d'un père suisse, du canton de Vaud, où il passera la plus grande partie de sa jeunesse, manifeste très tôt une attirance pour la musique et le jazz. On lui doit la création du premier hot club de Lausanne. Interrompant ses études à l'université, il part pour Paris, où il devient pianiste au Boeuf sur le toit puis au Lapin à Gil. On prend le café au lait au lit, chansons sans prétention mais efficace, est écrite en 1940, mais ne rencontre le succès qu'après la Libération. Cette évocation des plaisirs simples des alpages prospères fait mouche dans une France encore marquée par les restrictions. Clopin-Clopant, puis Mélancolie confirment le succès de Dudan. On voit également ce dernier à l'affiche de nombreux films, ce qui ne l'empêche pas de trouver le temps d'écrire plusieurs romans. Bousculé comme tant d'autres de sa génération par la vague yéyé, il part s'installer au Canada et ne regagne l'Europe que dans les années 80, où il meurt, en Suisse, en 1984. (Source: Y'a d'la France en chanson, Editions Larousse)
Depuis l'Antiquité romaine, l'île de Beauté est célèbre pour les soulèvements continuels de sa population. En 1755, la révolte de Paoli ébranle définitivement la domination génoise sur la Corse. L'île est vendue à la France (1768) qui doit imposer sa prise de possession. Département français depuis 1791, la Corse est aussi l'île natale de Napoléon Ier. Depuis, c'est toujours un bastion du 'parti bonapartiste". Occupée par les Allemands en 1942, l'île est le premier territoire français libéré fin 1943. Malgré son développement agricole et touristique pendant les Trente Glorieuses, la Corse connaît une émigration importante. Une identité culturelle affirmée nourrit un régionalisme corse vivace depuis plusieurs décennies. (Source: Y'a d'la France en chansons, Editions Larousse)
La provocation humoristique de Michel Polnareff n'a pas toujours été bien comprise. Et se montrer nu de dos sur une affiche à l'occasion d'une rentrée à l'Olympia ne lui vaut pas une place au paradis mais une amende de 60 000 francs. Son spectacle est pourtant un succès et ses nouvelles chansons dignes des précédentes: La poupée qui fait non; Love me please love me, etc. (Source: La Chanson Française à travers ses succès: Pierre Saka, Editions Larousse)
L'exemple d'une chanson qui fit deux carrière différentes. Tout d'abord chanté par Georgel, elle est reprise par Fréhel, qui l'interprète merveilleusement dans le film de Julien Duvivier Pépé le Moko en 1936, avec Jean Gabin. (Source: La Chanson Française à travers ses succès: Pierre Saka, Editions Larousse)
Les rumeurs courent vite dans les rues de Vérone. Mercutio et Benvolio s'inquiètent: leur ami Roméo aurait trahi ses parents et déshonoré son rang. Les paroles évoluent sur une mélodie subtile et sur un rythme qui évoque parfois le "West Coast Sound". On dit dans la rue est évidemment extrait de la comédie musicale Roméo et Juliette, composée par Gérard Presgurvic et créée au Palais des Congrès de Paris en janvier 2001. Elle est interprétée par Grégori Baquet (Benvolio), Damien Sargue (Roméo) et Philippe d'Avilla (Mercutio). (Source: Fascicule "L'encyclopédie de la chanson française n°17",Universal Collections)
Nourith, le grand public la connait depuis sa brillante interprétation de Sephora dans Les Dix Commandements. C'est après avoir participé à la Bande Originale du 5e Elément de Luc Besson et aux séances de l'album solo d'Eric Serra que la jeune chanteuse israelienne enregistre son premier opus en 1999: Khöl Yishama, produit par Jean-Pierre Tieb. Opaline, qui en est extrait, révèle les conceptions world de Nourith. (Source: Fascicule "Au Coeur des slows n°12", Universal Collections)
Insouciant et pince sans rire, le premier album bricolé dans une cave de ce drôle d'oiseau né en 1971 nous avait permis de joliment démarrer l'année 1997. Entre reggae et musique d'ascenseur, avec sa petite voix acidulée, ses boites à rythme rikiki et sa vision haïku et naïve du quotidien, tout en décalé chez cet artisan marié malgré lui à l'école minimaliste (Dominique A, Katherine) qui a joliment transformé l'essai fin 1998 avec un 2e album au titre schizophrénique: J'an ai marre d'être deux, après avoir effectué une tournée remarquée avec son grand frère spirituel, Dick Annegarn. (Source: Fascicule "La Discothèque du 20e siècle: 1997", Polygram Direct)
De Zad, chanteur disparu aussi vite qu'il était apparu (victime sans doute d'un lancement quelque peu mégalo par sa maison de disque), on se souvient de ce titre sautillant et primesautier, titre isolé et atypique sur un album plutôt éclectique, où les chansons rock les plus teigneuses côtoyaient des titres légers et d'inspiration pop. Zad fut également le fiancé de la chanteuse Lio (Banana Split, Les Brunes comptent pas pour des prunes...), le temps de devenir le père de ses jumelles nées en 1998. (Source: Fascicule "La Discothèque du 20e siècle: 1997", Polygram Direct)
LE genre de mélodie archi-connue sur laquelle on ne parvient plus à remettre un nom: il est vrai que depuis cette entrée fracassante dans le monde merveilleux des hit-parades (One of us fut 4e aux USA, 6e en Grande-Bretagne, 10e du Top 50 en France), on n'avait plus entendu parler de cette chanteuse rock américaine, distancée un temps par des concurrentes telles que Alanis Morissette, jusqu'à la sortie de son album Righteous Love en cette fin d'année 2000. Pour la petite histoire, cette chanson a été reprise en version funky par Prince sur son triple album Emancipation, paru aussi en 96. (Source: Fascicule "La Discothèque du 20e siècle: 1996", Polygram Direct)
Pour un artiste comme MC Solaar dont le premier album s'est vendu à plusieurs centaines de milliers d'exemplaires sur la planète, la sortie du disque suivant est un événement. En dehors de l'accueil qui lui réservent la presse et le public, cette expérience lui permet de faire son propre bilan, de constater que l'étincelle du talent est toujours là. Alors que Prose combat devient disque d'or en France 10 jours seulement après sa sortie en février 1994, on y découvre une succession de titres qui regorgent d'images fortes et contrastées. Il a La concubine de l'hémoglobine, une composition grave et presque militante et puis il y a aussi Obsolète. La trame musicale est signée Jimmy Jay-un proche du chanteur, sacré champion de France des disc-jockeys-, mais les mots sont de Solaar qui, en avril 1994, évoque ainsi sa technique dans le magazine Elle: "J'adore les dictionnaires. Mon favori, c'est le dictionnaire des jolis mots. J'en choisi un et je délire autour. Pour la chanson Obsolète, c'est venu comme ça, ça m'a rappelé les étudiants africains, ils ont des mots comme ça qu'ils casent partout." (Source: Fascicule "Les plus belles chansons françaises n°31 (1994)", Editions Atlas)
Après l'époque Cock Robin, Peter Kingsbery se met à voler de ses propres ailes, totu en demeurant fidèle à son sens mélodique et dansant qui en fait l'héritier à la fois des Beatles et de Chic. Extrait de Tycoon (la version anglaise de Starmania), Only the very best demeure à ce jour une des plus grandes réussites de sa carrière solo puisqu'il se classe n°2 des ventes en France en 1993. (Source: Fascicule "Au Coeur des Slows n°4", Universal Collections)
L'histoire de ce groupe anglais, qui tire son nom d'un personnage du film Barbarella est indissociable de la vague "néo-romantique" de la pop anglaise du début des années 80. A l'époque, le gorupe de Simon Le Bon, boys band avant la lettre, multiplia les hits (Save a prayer, Rio, Is there something I should now, The Reflex, The wild boys, A view to a kill...). En 1993, après 3 ans de silence, alors que tout le monde les croyait finis, nos amis reviennent avec ce bijou pop qu'est Ordinary world, n°3 aux U.S.A., n°6 en Grande Bretagne et du Top 50 en France. (Source: Fascicule "La Discothèque du 20e siècle: 1993", Polygram Direct)
Réalisé dans la mythique ville de Memphis, Osez Joséphine, paru en 1992, est l'album le plus blues rock d'Alain Bashung, qui se montrait parfaitement à l'aise en suivant les traces d'Elvis Presley et de Carl Perkins. La chanson-titre, notamment, est une pure merveille, qui a été enregistrée avec le quatuor à cordes de William Sheller dirigé par le musicien de jazz Jean-Pierre Catoul. Sorti en single Osez Joséphine est entré dans le Top 50 en février 1992. (Source: Fascicule "L'encyclopédie de la chanson française n°17", Universal Collections)
Pauline Ester n'a pas eu à regretter de privilégier la chanson au détriment de la danse classique, puisque cette charmante Toulousaine a conquis un très large public dès son premier album, paru en 1990. Élaboré avec Frédéric Loizeau, Le monde est fou comprend plusieurs véritables joyaux pop, parmi lesquels Oui je l'adore, qui, porté par des arrangements jazzy du meilleur goût, a atteint la 11e place du Top 50 au mois de juillet 1990. (Source: Fascicule "L'encyclopédie de la chanson française n°17", Universal Collections)
Sur la scène des variétés, Bernard Lavilliers occupe vraiment une place à part. Critiqué par certains qui lui reprochent d'exhiber ses biceps sur scène, il est admiré par ses fans pour sa capacité à retranscrire les interrogations de ce monde avec des mots forts et justes, des musiques souvent inspirées d'Amérique du Sud.
Mais en cette année 1989, Bernard Lavilliers surprend son public avec la sortie d'un nouvel album qui porte en exergue le titre d'un texte de Rudyard Kipling, If. Mis en musique avec le soutien du compositeur Sébastien Santa Maria, l'album est rapidement un succès. Succès transformé par une prestation scénique haute en couleur et en musique sur la scène du Zénith, à Paris, du 1er au 12 mars. Le public peut y entendre notamment On the road again, une chanson qui fait figure de déclaration d'intention. Mais c'est également une réalité et un art de vivre pour Bernard Lavilliers. Malgré le succès, il n'hésite pas à reprendre la route pour chanter parfois dans de petites salles, sans aucune publicité, pour, dit il "garder le contact avec ma voix comme pour garder le contact avec des gens qui ne sont pas venus pour moi." Au-delà des excès que d'aucuns lui reprochent, Bernard Lavilliers fait toujours preuve de sincérité et d'un grand respect pour le public. (Source: Fascicule "Les plus belles chansons françaises n°26 (1989)", Editions Atlas)
Sur le rocher, il se passe toujours quelque chose...En 1986, c'est Stéphanie qui abandonnait les soirées mondaines pour l'effervescence des studios d'enregistrement. En effet, faute de n'avoir pu convaincre Jeanne Mas, jusqu'alors sa chanteuse fétiche, le compositeur Romano Musumarra avait proposé Ouragan à la jeune princesse de Monaco, qui, avec une incontestable envie de bien faire, s'est attribuée l'un des beaux succès de l'année. Le single a en effet été en tête des classements français en avril 1986! (Source: L'encyclopédie de la chanson française n°17", Universal Collections)