Don Azpiazu & his Havana Casino Orchestra: El manisero (1929)
"Ma-ni!" est l'exclamation marquant le début de la chanson qui a donné naissance à un véritable engouement pour la rumba au début des années 30. Au cours de la décennie précédente, des marchands ambulants vendaient leurs cacahuètes en poussant ce cri, ou "pregon", tel un refrain publicitaire. L'auteur de chansons Moisés Simon a créé le titre El manisero en associant ce type de cris au son, terme désignant le style folklorique cubain. Sa qualité d'auteur de la chanson a été contestée, mais celle-ci l'a rendue riche: le nombre de partitions vendues (alors très élevé) a atteint 1 million d'exemplaires et il en a été de même pour le 78 tours.
En 1928, la starlette cubaine, Rita Montaner a enregistré la première version de la chanson, mais Don Azpiazu et son orchestre ont connu un succès fulgurant en utilisant les paroles d'Antonio Machin. Ils ont interprétés la chanson en mai 1930, juste après leur arrivée à New York; elle est devenue le plus grand succès commercial de l'année 1931 et a été également en vogue au Japon et en Europe.
Toutefois, elle a principalement eu une influence durable en Afrique orientale et centrale. Au cours du siècle, El manisero est donc devenue un classique du répertoire de tous les grands orchestres africains d'Afrique orientale et centrale. El manisero a fait l'objet de plus d 160 enregistrements, dont des versions de Louis Armstrong (1931) et de Stan Kenton (1947), qui attestent de l'influence de la musique latine sur le jazz américain. (Source: Les 1001 chansons qu'il faut avoir écoutées dans sa vie, Ediitons Flammarion)
Louis Armstrong, célèbre interprète de Hello Dolly et What a wonderful world était aussi la figure la plus novatrice du jazz dans les années 20. Il était un révolutionnaire sur le plan musical, un trompettiste qui avait cessé de jouer dans des orchestres pour devenir le plus grand soliste et improvisateur de l'histoire du jazz.
Le musicien était aussi un chanteur doté d'une belle voix profonde, qui rend très poignante cette chanson classique. Celle ci est issue d'une chanson populaire anglaise évoquant un marin qui dépense son argent dans la fréquentation de prostituées et meurt d'une maladie vénérienne au St James Hospital de Londres. Dans la version enregistrée par Armstrong en 1928, l'action se déroule aux Etats Unis et relate l'histoire d'un homme qui se rend à l'hôpital et apprend que sa petite amie est morte. L'auteur de la chanson traditionnelle a été oublié depuis longtemps. Toutefois, celle ci est parfois attribuée à Joe Primrose, le pseudonyme utilisé par Irving Mills.
Les Hot Five que l'on entend ici sont en réalité un sextet composé d'un pianiste, d'un tromboniste, de deux clarinettistes, d'un saxophoniste, d'un banjoïste et d'un batteur. Ils commencent par jouer une introduction instrumentale funèbre, avant que la mélodie ne démarre sur un tempo moyennement rapide. Earl Hines exécute ensuite avec légèreté un solo de piano bastringue, avant qu'Amstrong, majestueux comme toujours, chante deux couplets. un solo de trombone s'ensuit, puis Armstrong joue une puissante partition de trompette. Aucune note n'est pléthorique. (Source: Les 1001 chansons qu'il faut avoir écoutées une fois dans sa vie, Editions Flammarion)
Le groupe Trio Matamoros a été créé en 1925 à Santiago de Cuba par le guitariste et chanteur Miguel Matamoros. Matamoros est l'auteur des chansons du groupe, qui associaient des paroles sophistiquées mais accessibles à des mélodies simples et inoubliables. Lagrimas negras (Larmes noires) est l'une de ses compositions les plus célèbres et vivaces.
Matamoros a eu l'idée de cette chanson sur le rejet en entendant une femme pleurer à proximité de la résidence dans laquelle il demeurait lorsqu'il visitait Saint Domingue, la capitale de la République dominicaine. Il l'a d'abord composée comme un tango, mais la version qu'il a enregistrée est considérée comme la première illustration d'un nouveau genre, une fusion du son et du boléro appelé à juste titre le boléro-son.
Il existe une version instrumentale fiévreuse et jazzy de cette chanson, interprétée par le pianiste Angel Rodrgues et des versions des Cubains Compay Segundo et Omara Portuondo. En 2003, une version radicalement nouvelle de Lagrimas negras est devenue la chanson-titre d'un album inspiré né de la collaboration entre le pianiste cubain chevroné qu'est Bebo Valdès et le chanteur gitan Diego El Cigala, célébrité montante. Conscient de l'influence de la musique cubaine, El Cigala improvise de nouvelles paroles de sa voix plaintive et Paquito D'Rivera exécute un merveilleux solo de saxophone alto. L'album a connu un immense succès en Espagne et en Amérique latine et remporté un Latin Grammy. (Source: Les 1001 chansons qu'il faut avoir écoutées dans sa vie, Editions Flammarion)
Cette chanson de blues a connu un énorme succès. Elle a été écrite par W.C.Handy, à une époque où il n'existait pas de hit-parade pour rendre compte de la popularité d'une chanson. Cependant, le revenu généré par la vente de ses partitions permet dans une certaine mesure d'évaluer son succès. La chanson a rapporté 25 000 dollars par an durant plus de 40 ans.
De nombreux musiciens de blues et de jazz l'ont enregistrée, mais aucune version ne surpasse celle de Bessie Smith. Accompagnée simplement par Fred Longshaw à l'harmonium et par un magistral Louis Armstrong au cornet, Smith chante tristement l'histoire de l'homme qu'elle aime, qui l'a quittée pour une femme élégante de Saint Louis. Handy a déclaré que cette chanson lui avait été inspirée par la rencontre d'une femme de Saint Louis qui se plaignait de l'absence de son époux. "Ma man's got a heart like a rock cast in da sea" ("le coeur de mon mari est une pierre lancée dans la mer") disait cette femme, une phrase qu'Handy a intégrée à sa chanson.
Le talent d'Handy transparaît dans la manière dont il a modifié la structure classique du blues, comportant douze mesures, en introduisant après le deuxième vers un interlude de seize mesures ayant le rythme d'une habanera-baptisé "Spanish Tinge", dont les temps sont irrégulièrement accentués. Cette partie contraste avec le simple blues du refrain et fait de la chanson l'une des complainte les plus poignantes du siècle. (Source: Les 1001 chansons qu'il faut avoir écoutées dans sa vie, Editions Flammarion)
La chanson est tirée de l'opérette Là haut, créée par Maurice Chevalier et Dranem. Les deux artistes ne s'appréciaient guère: Maurice quittera donc le spectacle au bout de quelques semaines, ce qui n'empêchera le succès de la production. (Source: Y'a d'la France en chansons, Editions Larousse)
Dans le monde des jeux de cartes, des patiences et des batailles, la belote est tard venue. Elle serait apparue au début du XXe siècle, dans les cafés du IXe arrondissement de Paris, au carrefour de Chateaudun, où se retrouvaient les diamantaires de retour des Etats Unis. Cette invention dans les milieux du négoce souligne la part de mémoire et de calcul qui intervient dans nombre de jeux de cartes. Au XVIe siècle déjà, Rabelais établis un programme éducatif pour Garguanta, dans lequel il préconise le jeu de cartes pour ouvrir l'intelligence du jeune géant à l'arithmétique. Selon les témoignages littéraires, les cartes à jouer, qui seraient d'origine orientale et probablement arménienne, apparaissent tardivement en Europe; Il faut attendre la fin du XIVe siècle pour en trouver mention dans les textes réglementaires. Distinguées des jeux de hasard et d'argent moralement suspects au regard de l'Eglie, les cartes ont présenté un intérêt commercial certain pour les cartiers et autres dominotiers de l'Ancien Régime. (Source: Y'a d'la France en chansons, Editions Larousse)
Cette chanson, créée par Mistinguett reprend le thème récurrent du jeune Parisien, " à qui on le fait pas" et de la Parisienne, mutine et gouailleuse. (Source: Y'a d'la France en chansons, Editions Larousse)
Dans le style chanson légère, on peut difficilement faire mieux, ni trouver pour le rôle, meilleur interprète que Georges Milton. Sur scène et au cinéma, c'est la grande star des années 30! Pouet pouet n'est pas la seule du genre: il y eu aussi la fameuse Trompette en bois et Si tous les cocus...avaient des clochettes! (Source: La Chanson Française à travers ses succès: Pierre Saka, Editions Larousse)
Valse hésitation rengaine qui devient qui devient ensuite le pastiche de la chanson réaliste. Complément du mélodrame bouffon d'Orion le Tueur, joué par la compagnie Grenier-Hussenot, c'est le premier grand succès des Frères Jacques, au cabaret d la Rose rouge, à Saint-Germain-des-Prés, à la fin des années 40. (Source: La Chanson Française à travers ses succès: Pierre Saka, Editions Larousse)
Gaston Gabaroche: Petit Loulou de Poméranie (1925)
Gaston Gabaroche, l'un des premiers auteurs-compositeurs-interprètes de l'histoire de la chanson écrivit plusieurs des succès de Marice Chevalier et de Mayol. Il composa plus de 2000 chansons et également des opérettes. A la fin de la Premiere Guerre mondiale, il inaugure le théâtre de la Potinière à Paris avec Saint Granier. Ce Bordelais de bonne souche avait débuté comme chansonnier à la Lune rousse en 1907. Il est mort à Marseille en 1961, à l'âge de 77 ans. (Source: La Chanson Française à travers ses succès: Pierre Saka, Editions Larousse)
Berthe Sylva débute en 1910 et ce n'est qu'après 18 ans de carrière qu'elle connait le succès avec une chanson de Dalbret: Arrêtez les aiguilles. A partir de là, elle chantera plus de 1000 chansons et en enregistrera 300 sur disques 78 tours qui se vendront à plus de 1000 exemplaires par jour, record unique pour l'époque. (Source: La Chanson Française à travers ses succès: Pierre Saka, Editions Larousse)
L'exemple d'une chanson qui fit deux carrière différentes. Tout d'abord chanté par Georgel, elle est reprise par Fréhel, qui l'interprète merveilleusement dans le film de Julien Duvivier Pépé le Moko en 1936, avec Jean Gabin. (Source: La Chanson Française à travers ses succès: Pierre Saka, Editions Larousse)
Dréan: Elle s'était fait couper les cheveux (1924)
La première manifestation chantante de l'"indépendance" féminine. Cette chanson illustre l'époque de la "garçonne", un nouveau type de femmes qui osent porter leurs cheveux très courts. Elle confirme également la vogue de la musique américaine en France. Le jazz, puis une de ses formes, le charleston, influence désormais les compositeurs de chansons. Cette tendance ira en augmentant au cours des années suivantes. (Source: La Chanson Française à travers ses succès: Pierre Saka, Editions Larousse)
Montéhus, de son vrai nom Gaston Bruschwig, a laissé l'image d'un révolté qui bouleversa les foules en interprétant des couplets révolutionnaires. Celui qui devint l'ami de Lénine défendit la veuve et l'orphelin et encore bien plus les ouvriers et les paysans. Le texte de La Butte rouge, l'une de ses plus célèbres chansons, illustre bien le répertoire de ce militant anarchiste qui s'éteindra en 1952, l'année des débuts de Georges Brassens à Montmartre, chez Patachou. (Source: La Chanson Française à travers ses succès: Pierre Saka, Editions Larousse)
On découvre un des multiples talents de Sacha Guitry. A l'occasion, il savait merveilleusement trousser un couplet. Yvonne Printemps était une interprète unique. Sensible, ironique et fantasque, elle avait une voix légère, pleine de charme. Elle enregistra de nombreux disques et tourna des films mais ne fit jamais ce qu'on appelle un "tour de chant". (Source: La Chanson Française à travers ses succès: Pierre Saka, Editions Larousse)
Au début des années 20, les refrains de chansons débordent d'optimisme et d'exotisme. Les frères Pathé savent profiter de cette ambiance pour lancer leurs disques 78 tours et leurs premiers phonographes à aiguille.
Le grand tandem de l'époque, Benech et Dumont écrit une chanson, Nuits de Chine, qui bat tous les records de recettes. nos deux auteurs n'ont pas de notions très précises d la géographie. un de leurs couplets débute ainsi: "Quand le soleil descend à l'horizon à Saïgon..." Et l'action est censée d dérouler en Chine! (Source: La Chanson Française à travers ses succès: Pierre Saka, Editions Larousse)
Fortugé: Mes parents sont venus me chercher (1921)
Le plus grand succès de Fortugé. Le plus fin diseur du début du siècle dans la lignée de Dranem. Sa silhouette de Pierrot rêveur mâtiné de paysan endimanché n'en imposait pas à première vue; il était petit, frêle, les cheveux courts etl es sourcils blonds, mais il possédait un sens du comique de très grande classe. Il disparaîtra très jeune, en 1923, à l'âge de 36 ans. (Source: La Chanson Française à travers ses succès: Pierre Saka, Editions Larousse)
Les années 20 ont été la décennie des premiers grands triomphes pour Maurice Chevalier, celui que l'on avait surnommé le "dandy de Ménilmontant". LA voie du succès, il l'avait trouvée grâce à Minstinguett. Il l'a poursuivie sous l'égide d'Albert Willemetez et d'Henri Chrstiné, qui, après Dans la vie faut pas s'en faire, lui ont concocté un autre tube appelé à faire date. Il s'agit bien sûr de Valentine que Chevalier a d'abord enregistré en 1924, cette même année où il adoptait le smoking et le canotier, puis en 1962. (Source: Fascicule "L'encyclopédie de la chanson française n°30", Universal Music Collections)
Fréhel: la Valse des coups de pied au...boum (1923)
Fréhel, de son vrai nom Marguerite Boulc'h, fut une des plus grandes chanteuses réalistes, des années 10 aux années 30. Lancée par la Belle Otéro, qui avait été sa maîtresse, elle avait été aimée par Maurice Chevalier qui l'avait ensuite abandonnée par sa rivale Mistinguett. Après une tentative de suicide on la retrouve en 1914 chantant dans des beuglants à Bucarest. En 1922, en tournée à travers l'Europe, jusqu'aux confins de l'Orient, elle est rapatriée pour cause de toxicomanie aiguë par l'ambassade de France à Constantinople. Quelques mois plus tard, pourtant, elle refait surface, physiquement marquée mais toujours aussi populaire, comme le démontre le succès de cette Valse des coup de pied au...boum! (Source: Fascicule "La Discothèque du 20e siècle: 1900/29", Polygram Direct)
Fils du poète Franc Nohain, frère du comédien Claude Dauphin, Jean-Marie Legrand- le futur Jean Nohain- est né à Paris en 1900. Jusqu'à l'âge de 35 ans, il porte sans grande conviction la robe d'avocat, tout en écrivant des livres pour enfants sous le pseudonyme de Jaboune. Il écrit aussi des textes pleins d'esprit. Sa rencontre avec Mireille en 1931 sera déterminante. Tous deux signent de nombreuses chansons (Couchés dans le foin, C'est un jardinier qui boite, Les Trois gendarmes, Quand un vicomte) qui, par leur fraîcheur et leur humour, annoncent le grand renouveau de la chanson française. Elles sont interprétées par les vedettes de l'époque: Jean SAblon, Pills & Talbet, Maurice Chevalier, Ray Ventura et ses collegiens et bien sûr Mirelle elle -même qui de sa voix acidulée, enregistre avec bonheur Le petit chemin, Papa n'a pas voulu ou Les trois petits lutins. Ayant définitivement renoncé au barreau, Jean Nohain se consacre désormais à la chanson et à la radio. Il est un des premiers animateurs de jeux radiophoniques, et après la guerre, d'émissions de télévision particulièrement populaires (Reine d'un jour, 36 chandelles). (Source: Fiche "Tout petit", Collection "plaisir de chanter", Editions Atlas)