Stagger Lee est l'histoire de Lee Shelton, un conducteur de fiacre et proxénète qui, le soir de Noël 1895, a tiré sur son ami, Williams "Billy" Lyons dans un bar de Saint Louis dans le Missouri. Les deux hommes avaient bu et commençaient à se disputer sur un sujet politique. Lyons a arraché son chapeau à Lee et a refusé de le lui rendre. Lee a alors tiré sur Lyons, a récupéré son chapeau et est sorti calmement du bar. Lyons est mort de ses blessures par la suite. Lee a été jugé et condamné pour son crime et envoyé en prison.
L'impact de la chanson est lié à la figure archétypale de Stagger Lee, un homme de couleur, dur, froid et amoral qui défie l'autorité et les lois. La chanson elle-même est née au sein de communautés noires vivant le long de la partie basse du Mississippî au début du XXe siècle et a d'abord été éditée par le folkloriste John Lomax en 1910. Le musicien John Hurt, originaire dsu Mississippi, en a enregistré une version très réussie en 1928, mais il en existe bien d'autres versions.
Price a fait de la chanson un morceau de R&B, accompagné par une grande section de cuivres, plusieurs voix qui se répondent et un solo de saxophone ténor. Il l'a d'abord interprétée durant son service militaire en Corée et au Japon, de 1953 à 1956, faisant jouer aux autres soldats une pièce qu'il avait écrite, pendant que lui chantait. Libéré de ses obligations militaires, il a modifié la chanson et a été couronné de succès lorsque celle-ci a atteint la première position du Hot 100 de Billboard en janvier 1959. (Source: Les 1001 chansons..., Editions Flammarion)
Avec ses quatre "bahs" en ouverture, accompagnés d'un piano endiablé dans le style de Jerry Lee Lewis, At the hop est un choc asséné à l'auditeur, lequel n'a jamais le temps de reprendre son souffle.
Le baryton Joe Terranova prononce le premier "bah" (et le premier "oh baby"), il est suivi de Danny Rapp, la voix de tête, puis du second ténor, Frank Maffei, et enfin du premier ténor, Dave White. Cet ensemble vocal s'était formé dans un lycée de Philadelphie sous le nom de The Juvenairs. Après avoir participé à des fêtes privées, et chanté dans des clubs, les quatre artistes ont été découvert par le producteur local Arthur "Artie" Singer, de la maison Singular Records. Celui ci leur a donné des cours de chant et les a convaincus de changer de nom.
Sur une démo confiée à Dick Clark, présentateur d'American Bandstand (une émission sur la danse), le groupe chante At the hop. Clark avait suggéré aux coauteurs de la chanson Dave White et John Medora de la réécrire en utilisant le mot d'argot désignant les danses de lycée, hop, plutôt que bop, la danse de l'année précédente. Le 6 janvier 1958, la nouvelle chanson figurait en tête de palmarès de Billboard, une position qu'elle a conservée 5 semaines.
Aujourd'hui, beaucoup de personnes connaissent la version frénétique de At the hop que le groupe Sha Na Na a exécuté sur scène à Woodstock. Durant les années 70, ce groupe a remis au goût du jour le rock américain de l'époque et At the hop a de nouveau connu un grand succès en 1976. (Source: Les 1001 chansons..., Editions Flammarion)
A la fin des années 50, les Coasters affichaient une belle réussite. Cet ensemble vocal de Los Angeles avait à son actif 14 chansons de R&B à succès, dont 6 avaient aussi figuré au Top 10 des morceaux pop. Mais Yaketi yak allait faire du groupe l'un des architectes majeurs du rock'n'roll.
Pris sous l'aile des deux célèbres auteurs de chansons, Jerry Leiber et Mike Stoller, en 1955, les Coasters ont obtenu un succès immédiat en enregistrant ce que leurs mentors appelaient des saynètes: de brèves histoires comiques. Dans le cas de Yaketi yak, la saynète évoquait la lutte quotidienne s'exerçant entre parents et adolescents à propos des corvées de ménage. "Sortez les papiers et la poubelle", ordonnent les parents. Inopinément, les enfants traduisent cela par "yakety yak". La partition vocale à 4 voix des Coasters, de style doo-wop, menée avec assurance par Carl Gardner, est ici accompagnée de la guitare frétillante d'Adolph Jacobs et du saxophone ténor dee King Curtis (qu'il appelait son "yaketi sax"). Le morceau est caractéristique de nombreux titres des Coasters.
L'année suivante, le groupe a réalisé 3 titres qui ont très bien marché, Charlie Brown, Along Came Jones et Poion Ivy, avant que leur style de musique ne deviennent démodé. Yaketi yak allait continuer de plaire. La chanson a survécu à plusieurs générations, parce qu'elle a figuré dans des compilations de musique des années 50, dans des films et surtout, dans des dessins animés. (Source: Les 1001 chansons..., Editions Flammarion)
Bob Keane, producteur de disques de Los Angeles, a rencontré Richard Valenzuela alors qu'il n'était âgé que de 16 ans, et qu'il jouait dans un cinéma de la ville. Constatant que le garçon possédait un talent naturel, il lui a fait signer un contrat avec son label, De-Fi, et a simplifié son nom, le baptisant Ritchie Valens. Keane a aidé Valens à se perfectionner et lui a adjoint d'excellents musiciens, comme le batteur Earl Palmer et le guitariste René Hall.
Valens provenait d'une famille mexico-américaine et a grandi en écoutant des mariachis, aussi bien que du flamenco et du blues. Lorsque Keane l'a entendu interpréter La Bamba, une chanson mexicaine populaire de Veracruz, il lui a suggéré d'en faire un morceau de rock. Au début, Valens s'est montré réticent, car il ne parlait pas espagnol couramment et craignait que les Mexicains n'apprécient guère sa version. Keane a fini par le convaincre et les deux hommes ont créé un chef-d'oeuvre explosif du rock mexico-américain. La guitare sauvage de Valens convie les auditeurs à une fête mexicaine qui bat son plein. Les triples accords répétés ont influencé beaucoup de morceaux phares du rock, notamment Twist & Shout des Isley Borthers. La Bamba avait été éditée sur la face B d'un autre titre de Valens qui avait eu du succès, Donna. Mais bientôt, les DJ ont commencé à passer également l'autre face du disque, et en janvier 1959, La Bamba s'est élevée à la 22e position du hit-parade américain. (Source: Les 1001 chansons..., Editions Flammarion)
Cliff Richards & The Drifters (qui deviendraient les Shadows suite à une série de changements au sein du groupe) ont véritablement percé au cours d'une émission diffusée le samedi matin et présentant des artistes de talents au cinéma Gaumont du quartier de Shepherd's Bush à Londres. Georges Ganyou, un agent artistique de théâtre, avait financé l'enregistrement d'une démo du groupe afin que celui ci puisse faire sa promotion auprès des maisons de disques. Le producteur de EMI, Norrie Paramor, a été impressionné par ces versions de classiques du rock'n'roll comme Breathless et Lawdy Miss Clawdy et a accordé une audition au groupe. Tout cela a abouti à l'enregistrement d'un vinyle sur la face A duquel figurait Schoolboy Crush, la ballade de Bobby Helm. Sur l'autre face, on trouvait un titre de rock écrit par le guitariste londonien Ian Samwell, ancien membre des Drifters. Le titre de Samwell, Move it! , a fait sensation lorsque le producteur et diffuseur Jack Good l'a fait réinterpréter par Richard au cours de son émission télévisée, Oh Boy! Cela a permis à la chanson d'atteindre la 2e position du palmarès britanniques des singles.
La partition de guitare démultipliée était une bonne entrée en matière pour la chanson, mais celle-ci a surtout plu grâce à la sensualité ardente de ses paroles et elle a ainsi lancé la carrière de Cliff Richard, qui allait durer six décennies. Pour les britanniques, qui n'avaient jamais vu Elvis, Move it! était ce qui se rapprochait le plus de ce que faisait l'artiste américain, avant que le mouvement Beat ne remplace le rock'n'roll. (Source: Les 1001 chansons..., Editions Flammarion)
En 1977, la NASA a lancé un disque plaqué or dans l'espace interstellaire. Ce disque de 90 minutes contenait des airs représentatifs de différentes cultures dans le monde. L'Allemagne avait choisi Bach et Beethoven, la Grande-Bretagne avait choisi un titre solennel, The Fairie Round, les Etats Unis avaient opté pour Chuck Berry et son intemporel Johnny B. Goode.
Le choix américain est un témoignage remarquable de la manière dont un pays peut changer d'attitude en à peine 20 ans. En 1958, lorsque Berry a écrit et enregistré Johnny B. Goode, ceux qui souhaitaient en faire un message interstellaire ne comprenait pas tout à fait ce que la chanson signifiait. Si, à l'époque, les mouvements de hanches d'Elvis étaient une source d'inquiétude, ici, le personnage en question était un Noir qui écrivait toutes ses chansons, jouait de la guitare mieux que quiconque à la radio et avait l’effronterie de faire de ce morceau de rock'n'roll inquiétant une chose des plus sérieuses.
Commençant par un riff décoiffant (que Keith Richards ne désavouerait pas) qu'il avait emprunté directement à un disque de Louis Jordan, Berry racontait l'histoire d'un garçon de la campagne dont les perspectives étaient limitées, mais qui était destiné à devenir riche et célèbre, en raison de son talent inné de guitariste. En 1958, Berry avait déjà fait énormément progresser l'instrumentation et le rythme du rock'n'roll. Avec Johnny B. Goode, il allait mettre en avant ce qui lui importait le plus: lui-même. (Source: Les 1001 chansons..., Editions Flammarion)
C'est en entendant jouer un musicien de hillbilly de Memphis qu'Harold Jenkins a songer à faire carrière dans le show-businness. Il a vite compris qu'il aurait besoin d'un nom de scène aussi mémorable que celui d'Elvis Presley, et il s'en est trouvé un en associant le nom des villes de Conway, dans l'Arkansas et de Twitty, au Texas.
Dans cette chanson novatrice, Twitty imite la diction peu articulée d'Elvis à la perfection, tandis que le groupe d'hommes égrenant la mélodie en chantant des "ba-ba-ba-bum" n'est autre que le propre ensemble vocal d'Elvis, The Jordanaires. Si sa sortie en 1958 tirait sans doute parti du fait que le King accomplissait son service national, It's only make believe n'a rien d'un pastiche servile et anticipe les chansons evoquant les conflits entre conjoints qui caractérisent le travail ultérieur de Presley, à l'époque de Vegas.
La chanson, qui décrit un amour à sens unique, évoque le succès des Platters de 1956, My prayer, mais si celui ci était nostalgique et optimiste, le titre de Conway Twitty est pessimiste. La tonalité de la chanson monte à chaque ligne tandis que Twitty énonce ses espoirs et ses rêves, pour les rejeter ensuite en reprenant le refrain, à l'origine du titre.
La chanson, n°1 de part et d'autre de l'Atlantique, a fait l'objet de dizaines de reprises, et annonçait aussi les mélodrames sentimentaux de Roy Orbison dans les années 60. Cela n'est pas un si mauvais héritage pour une chanson écrite en à peine 7 minutes durant l'entracte d'un concert. (Source: Les 1001 chansons..., Editions Flammarion)