Mahalia Jackson: Take my hand, precious lord (1956)
Thomas A. Dorsey a commencé sa carrière comme pianiste aux côtés de Ma Rainey, et a écrit It's tight like that avec Tampa Red. Cette chanson de dirty blues a connu un immense succès en 1928. Dorsey s'est ensuite consacré au genre qui allait le rendre célèbre: le gospel. Il a ainsi écrit Take my hand, precious lord, en 1932, le coeur brisé et inconsolable après sa femme est morte en couches (son bébé est mort peu après); la mélodie provient d'un hymne de 1844 de George N. Allen, Maitland. La chanson a permis à Dorsey de devenir le principal auteur de gospels de Chicago.
En 1929, Dorsey avait fait la connaissance de Mahalia Jackson, encore adolescente, arrivée depuis peu de la Nouvelle Orléans et capable de mettre une église sens dessus dessous. Dorsey l'avait formée au chant, et les deux artistes étaient partis en tournée ensemble. Lorsque Jackson a enregistré Take my hand, precious lord pour la Columbia en mars 1956, le label s'est arrangé pour que la session d'enregistrement soit aussi soignée qu'une session de jazz et de musique pop. La puissance et la grâce de cet enregistrement ont rendu la chanteuse célèbre.
Martin Luther King a déclaré que l'enregistrement que Mahalia avait réalisé du morceau était sa chanson préférée. Le fait qu'elle l'ait interprétée au cours de ses funérailles en 1968 a apporté à la chanteuse (et à la chanson) une réputation mondiale. 4 ans plus tard, Aretha Franklin a chanté ce titre au cours des funérailles de Jackson. (Source: Les 1001 chansons..., Editions Flammarion)
Enregistré par le propriétaire du studio Sun, Sam Phillips, à l'aube de la carrière de Cash, I walk the line semble à la fois naïf et profond. Une orchestration métallique identique caractérisait les premiers succès d'Elvis Presley. La partition de guitare peut sembler démodée aujourd'hui, mais les paroles de la chanson possèdent une sagesse qui lui a permis de durer.
Lorsque Cash chante "I keep a close watch on his heart of mine (je garde un oeil sur mon amour, sa vulnérabilité est perceptible, même s'il ne l'exprime pas clairement. Quant à la musique, elle est inattendue: chaque vers est précédé de quelques secondes de bourdonnements, une technique hypnotique que Cash avait expliqué utiliser pour trouver la bonne tonalité (l'enregistrement original de 1956 comportait un changement de tonalité avant chaque vers). Cette technique donne à la chanson un caractère contemplatif. I walk the line a été réenregistrer pour réaliser l'album du même non, 8 ans après sa sortie sous forme de single, après avoir fait l'objet d'un nouvel arrangement et d'une production épurée. La chanson a également donné son titre à un film de 1970 et à la biographie du chanteur sorti au cinéma en 2005. Cash a écrit des chansons plus ambitieuses et plus engagées au cours de sa longue carrière, mais peu évoquent aussi clairement la condition humaine que celle-ci. I walk the line s'exprime avec une clarté absolue à l'intention de tout ceux qui sont disposés à écouter. (Source: Les 1001 chansons..., Editions Flammarion)
Lorsque le guitariste de Johnny Burnette, Paul Burlison, avait frappé par inadvertance sur l'ampli de sa Fender Deluxe, il a découvert que le son net et nasillard de sa guitare s'était transformé en un grognement distordu. Électricien de formation, Burlison a vite compris qu'il pouvait reproduire ce son à volonté. Ainsi, il a inventé un son de guitare distordu ("fuzz guitar").
Ce nouveau son,, brutal, électrifié, a été utilisé pour le 3e single du trio qui associait Train kept A rollin de Tiny Bradshaw à une composition du bienveillant "homme montagne" Big Joe Turner, datant de 1953. Enregistrée par Turner, Honey Hush semble un galop d'essai pour la chanson à succès qu'il allait sortir un an plus tard, Shake, Rattle and Roll. Il s'agit d'un blues au rythme rapide, à 12 mesures, sur lequel le chanteur improvisait des paroles joyeuses sur la façon de faire obéir sa femme (avec une batte de base-ball si nécessaire). Dans la version de Burnette, la chanson possède l'énergie primitive du rockabilly: Johnny hurlant et baragouinant comme un péquenaud dérangé, transforme les quolibets débonnaires de Turner en un texte barbare et menaçant. Le contrebassiste Dorsey Burner et le guitariste Grady Martin produisent des crépitements en arrière plan mais c'est la guitare principale de Burlison qui attire l'oreille. Premier exemple d'une distorsion intentionnelle enregistrée sur un vinyle, elle produit un écho comme si on jouait avec un capodastre élastique. Les futurs talents de la guitare ont écouté et gardé ces sons en mémoire. (Source: Les 1001 chansons..., Editions Flammarion)
En 1956, Mike Stoller revenait d'un voyage en Europe et avait rencontré l'auteur Jerry Leiber dans le port de New York. Leiber avait alors joyeusement annoncé que leur chanson Hound Dog, rencontrait un immense succès, non avec Big Mama Thornton, qui l'avait enregistrée pour la première fois en 1953, mais avec "un gosse blanc du nom d'Elvis Presley".
Stoller avait d'abord trouvé que la version de Presley était "un peu sévère et un peu trop rapide-un peu nerveuse"; pour Lieber, elle était "très bruyante". En d'autres termes, c'était du bon rock'n'roll. En réalité, la version d'Elvis s'inspirait d'une parodie de la chanson dont les paroles avaient été modifiées, paroles écrites par Freddie Bell & The Bellboys, dans un numéro qu'il avait vu à Las Begas. Elvis, s'époumone, D.J. Fontana fait pétarader ses percussions entre les vers et Scotty Moore effectue deux solos de guitare brillants.
Jouant la chanson au cours du Milton Berle Show, Elvis avait ralenti à la fin, comme à son habitude, accompagné de bruits sourds et de grincements qui avaient soulevé un tonnerre de protestations. Au cours du Steve Allen Show, il avait été obligé d'interpréter la chanson vêtu d'un smoking, avec pour tout public, un chien. Vexé, il s'était donné entièrement le lendemain, au cours d'une session en studio, effectuant une trentaine d'enregistrements et délivrant une prestation pleine d'énergie. Résultat, un classique du genre, 7 millions de ventes et un titre au sommet du hit-parade américain. (Source: Les 1001 chansons..., Editions Flammarion)
En 1956, Fats Domino avait déjà à son actif plus d'une douzaine de singles ayant figuré dans le Top 10 du R&B. La chanson Blueberry Hill avait également des antécédents impressionnants: publiée en 1940, elle avait été enregistrée par des artistes aussi importants que Glenn Miller et Louis Armstrong, en 1949 (une version ayant incité Domino à faire un disque). L'enregistrement de Fats Domino est triste, mais pas larmoyante et les instruments se montrent plus expressifs que les paroles. Le piano de l'artiste est sobre et captivant et sa voix reste assurée tandis qu'il relate la rencontre d'un amour, puis sa perte, en commençant par le célèbre "I found my thrill..." (J'ai ressenti une forte émotion...) Blueberry Hill s'était naturellement imposée en ouverture de this is Fats, mais elle a presque failli passer inaperçue. Le jour où la chanson a été enregistrée, chez Masters Records à Hollywood, la partition avait été égarée, et Domino avait du mal à se souvenir des paroles. Il n'est pas parvenu à l'interpréter en entier, et celle-ci a été assemblée par l'ingénieur du son Bunny Robyn à partir de petits bouts inachevés. Blueberry Hill a atteint la seconde position des hit-parades pop (après avoir passé 11 semaines au sommet des listes du R&B). Le succès de la chanson allait inciter d'autres chanteurs de rock, comme Elvis Presley et Little Richard à en réaliser leur propre version. Le morceau aurait même inspiré la ligne de basse de l'énorme succès des Doors en 1967, Light my fire. (Source: Les 1001 chansons..., Editions Flammarion)
"I walk a lonely street" (je marche dans une rue solitaire). Cette phrase, provenant d'une lettre laissée par un homme qui s'était suicidé, avait été citée dans un journal local et a inspiré les auteurs Mae Boren Axton et Tommy Durden, dans l'écriture de cet immense succès.
Le chanteur de la démo, Glenn Reeves trouvait le titre stupide et détestait tant la chanson qu'il ne voulait pas que son nom y soit associé. L'ancien mentor d'Elvis, Sam Phillips, l'avait qualifié de "bazar morbide"; Steve Sholes, responsable de la recherche de nouveaux talents chez RCA, s'était plaint d'avoir engagé le mauvais artiste chez Sun.
Il est vrai que les tentatives d'imiter l'écho "slap back" caractérisant les enregistrements du studio Sun de Phillips avaient été un réel échec. (Les ingénieurs du son de RCA avaient fini par enregistrer le morceau dans un couloir pour créer un écho). Toutefois, cette complainte de style blues, qui occupait une place à part dans la pop du milieu des années 50, s'est avérée hypnotique, grâce au piano spectral de Floyd Cramer et au solo de Scotty Moore. La voix, parfois peu articulée, de Presley, ascendante, y est aussi pour quelque chose, bien sûr. "Son phrasé, son utilisation de l'écho, tout cela est si beau", a commenté Paul McCartney, admiratif, 50 ans plus tard. "C'est comme s'il chantait des profondeurs de l'enfer". Les adolescents du monde entier ont pu s'identifier à cette chanson et ont acheté en masse cette histoire d'aliénation et de rejet. (Source: Les 1001 chansons..., Editions Flammarion)
Gene Vincent est le prince noir du rockabilly, ses enregistrements saisissants des années 50 et sa vie trop brève ayant fait de lui une icône. Be bop a lula, son premier enregistrement et son plus gros succès, conserve encore son caractère emblématique.
Vincent Eugene Craddock a grandi en écoutant de la country, du bluegrass, du gospel et du blues, dans la boutique de ses parents à Norfolk, en Virginie. Au cours d'un séjour dans la US Navy, il s'est gravement blessé la jambe gauche dans un accident de moto. Se concentrant alors sur le chant, Vincent a été repéré par le DJ local Tex Davis, qui, sachant que Capitol Records, à los Angeles, recherchait des artistes dans la lignée d'Elvis, avait enregistré une démo de Vincent.
Gene Vincent & His Blue Caps ont ensuite été envoyés à Nashville. Le groupe de Vincent, dirigé par le guitariste Cliff Gallup, s'est montré brillant, la section rythmique produisant un groove sexy tandis que Vincent chuchotait, réalisant une belle imitation de Presley parlant de sa bien aimée ("baby") et de sa certitude de l'aimer ("I don't mean maybe", je ne veux pas dire peut être). Les solos de guitare spiralés de Gallup et les cris du bassiste "Jumpin" Jack Neal sont à l'origine d'une référence du rockabilly que tout le monde, des Beatles au Clash, a tenté d'imiter.
Après que Be bop a lula a figuré dans les hit-parades du monde entier, la carrière de Vincent a commencé à décliner régulièrement. Il est mort du fait de son alcoolisme, à l'âge de 36 ans, en 1971. (Source: Les 1001 chansons..., Editions Flammarion)