Classé n°1 de Billboard en 1961, cette chanson de The Shirelles est importante, car elle a ouvert la voie au girl groups qui ont dominé la pop jusqu'à ce que les Beatles déferlent sur l'Amérique. Dans le sillage du n°2 des Drifters, There goes my baby, elle a scellé la relation entre soul et riffs joués sur des cordes. Surtout, elle a repoussé les tabous d'une sexualité explicite et jeté judicieusement un pont entre l'Amérique d'Eisenhower (quand elle a été enregistrée) et celle de Kennedy (quand elle est entrée dans les hit-parades).
The Shirelles n'ont pas sauté de joie en apprenant que Gerry Goffin avait mis des paroles sur un air que son épouse, Carole King avait oublié sur son magnétophone. De plus, leur chanteuse solo Shirley Owens, n'aimait pas trop l'histoire qu'il lui fallait raconter. On était pourtant à deux doigts de Hair, de Oh! Calcutta! et de l'amour libre. Cette chanson est L'Amant de Lady Chatterley de la pop.
Bien que brillamment interprété et doté d'une mélodie de qualité, ce morceau doit tout à l'audace incroyable de ses paroles. Un adolescente envisage de sacrifier sa virginité et exige de son petit ami qu'il soit toujours là quoi qu'il advienne (n'oublions pas qu'à cette époque, la pilule n'existait pas et que l'avortement était interdit). Le titre a été repris par de nombreux artistes dont Dusty Springfield, Dionne Warwick, les Bee Gees, Cliff Richard et Brian Ferry. (Source: Les 1001 chansons..., Editions Flammarion)
Elle était chanteuse, actrice et militante politique. Elle a chanté pour des présidents et été reçue par le pape. Elle a été la première Africaine a remporter un Grammy et on la surnommait "Mama Afrika" ou encore "l'impératrice de la chanson africaine". Miriam Makeba est surtout connue en dehors du continent noir pour sa chanson Pata pata qui a d'ailleurs été repris par Sylvie Vartan sous le titre Tape tape.
Son interprétation d'une chanson traditionnelle xhosa, Qongqothwane, a initié le public occidental à la musique africaine. Les Amricains, tout particulièrement, ont été émerveillés par la série de "clicks présents en xhosa, la langue natale de Makeba. Le Time a comparé au "bruit d'un bouchon de champagne qui saute" ces sont étonnants nés, pour certains, du claquement de la langue contre l'arrière des dents. Dès les premières critiques parues dans Billboard en 1960, les journalistes l'ont surnommée la "click click girl". The Clik song sera pendant 50 ans un morceau incontournable de tous ses concerts même si Miriam Makeba, ambassadrice de la conscience noire, n'ignorait pas l'aspect "exotique" du morceau. C'est seulement après la fin de l'apartheid qu'elle a enregistré une nouvelle version en studio pour son ultime album, Reflections (2004). (Source: Les 1001 chansons..., Editions Flammarion)
Il est évident que l'industrie musicale jamaïcaine existait bien avant la sortie de Oh Carolina, mais cette chanson marque pour beaucoup le début de la maturité musicale de la Jamaïque. On a ici affaire au premier enregistrement à la saveur rasta, à la première production de Prince Buster et au premier exemple d'une pop jamaïcaine qui se voudrait intemporelle.
Les Folkes Brothers (John, Mico et Junior) ont rencontre Prince Buster dans le magasin de vins et spiritueux de Duke Reid, où ils passaient une audition. Ils chantaient du mento (une musique jamaïcaine des années 30 proche du Calypso); mais Buster y décela quelque chose d'assez personnel. Il s'était déjà fait un nom avec ses sonos d'extérieur et cherchait à présent à s'imposer comme producteur et propriétaire de label. Impressionné par les trois frères, il les a invités à enregistrer. Oh Carolina est née en studio de l'enthousiasme des trois frères, accompagnés par Owen Gray au piano et par Count Ossie, un vieux rasta qui jouait du nyahbhingi (instrument de percussion d'origine africaine).
La chanson a connu un succès immédiat en Jamaïque et a valu à Prince Buster de s'imposer dans le petit monde du show-busisness. Les Folkes Brothers ont disparu assez rapidement; cependant, lorsque le changteur reggae Shaggy a repris Oh Carolina, John Folkes a attaqué Prince Buster, qui s'était attribué la paternité des paroles. Il a remporté son procès... et les royalties y afférentes. (Source: Les 1001 chansons..., Editions Flammarion)
Appelée à juste titre la "Reine des gitans", Esma Redzepova fait connaître au monde entier depuis 50 ans la musique tzigane des Balkans. Née dans une famille rom de Skopje, en Macédoine, elle danse et chante depuis l'enfance. Après avoir remporté un concours de chant en 1956, Esma est remarquée par le chef d'orchestre macédonien Stevo Teodosievski et quitte l'école pour devenir chanteuse professionnelle.
Pour avoir chanté en macédonien, en serbe et dans sa langue natale, le romani, Esma était très appréciée du président Tito, le dirigeant de la Yougoslavie, qui l'a envoyée avec l'ensemble Teodosievski à l'étranger en tant que représentants de la Yougoslavie socialiste: le mariage réussi entre ballades orientales et airs de danse des Balkans a su conquérir un vaste public. Chaje Shukarije ("La belle fille" en romani) a été l'un des premiers succès d'Esma: il parle d'un jeune homme amoureux d'une beauté qui le repousse. Avec son accordéon, sa clarinette et ses battements de mains frénétiques, le refrain de Chaje Shukarije fait hurler les foules chaque fois qu'Esma l'entonne. Devenu un standard des Balkans, cette chanson a été jouée par d'innombrables fanfares tziganes, des chanteurs pop ou encore des orchestres de jazz. En 2007, elle a accompagné le générique d'ouverture du film Borat! de Sacha Baron Cohen. Esma était une légende vivante des Balkans et son action auprès des réfugiés des guerres yougoslaves lui a valu d'être proposée à deux reprises pour le prix Nobel de la paix. (Source: Les 1001 chansons..., Editions Flammarion)
Idole de la pop, Billy Fury, de son vrai nom Ronald Wycherley, était un artiste de studio, un compositeur et un rocker de talent, très remarqué par ses prestations sur scène ou à la télévision. Wondrous Place convenait à merveille à l'homme au costume en lamé argent. Ciselé par deux auteurs d'Elvis et gravé à l'origine aux Etats Unis par Jim "Handyman" Jones, ce morceau a été le Heartbreak Hotel de la pop anglaise, chambre d'écho comprise. Comme Fury, le producteur de télévision Jack Good était convaincu que l'atmosphère étrange, un peu distante, de la chanson constituait un excellent choix: "On voulait tous les deux quelque chose évoquant les bayous comme le Crawfish d'Elvis Presley. Billy était fabuleux sur scène quand il jouait ça."
Avec d'inquiétantes pauses vocales et un accompagnement instrumental minimaliste, cette chanson marchait très bien en concert. Fury l'aimait tant qu'il l'a enregistré à 5 reprises. Même si c'est aujourd'hui un classique du rock'n'roll anglais au même titre que Move it! de Cliff Richard et Endless Sleep de Marty Wilde, ce titre n'a jamais fait mieux que n°25 dans les hit-parades des singles anglais.
La chanson a franchi les décennies. Il y a quelques années, une pub télé pour la Toyota Yaris la reprenait et le chouchou des Indés, The Last Shadow Puppets, en a enregistré une version fabuleuse en 2008 pour la face B de son premier single. (Source: Les 1001 chansons..., Editions Flammarion)
Mack the knife a figuré au sommet des hit-parades américain et britannique. La chanson a été écrite en 1928 pour la ballade de Brecht et Weill intitulée Die Moritat von Mackie Messer (La complainte de Mackiel le Surineur), qui était le thème de leur Opéra de quat'sous-Mackie s'inspirant du personnage de Macheath dans L'opéra du gueux de Joh Gay. Mark Blitzstein en avait rédigé les paroles en anglais en 1954.
Bobby Darin a eu envie d'interpréter la chanson après avoir entendu la version de Louis Armstrong en 1956. Au début, il n'était pas certain de vouloir la sortir sous la forme d'un 45 tours, mais celle ci est restée classée 9 semaines en tête du Hot 100 de Billboard et la version jazzy de Darin était la meilleure, selon Frank Sinatra.
Sinatra avait un excellent jugement. Le plus gros succès de Darin lui a valu d'obtenir les Grammy de meilleur nouvel artiste de l'année (1959) et de meilleure performance vocale. Même s'il n'allait jamais faire mieux que Mack the knife, Darin a créé plusieurs chansons qui ont figuré dans le Top 10 jusqu'au milieu des années 60, mais sa popularité a décru avec la multiplication des chanteurs écrivant leurs propres textes. Cependant, cette chanson n'a jamais été réellement démodée et a été reprise par le chanteur des Who, Roger Daltrey, sur la bande originale du film Mack the knife (1989) ainsi que par Kevin Spacey, qui joue le rôle de Darin dans Beyond the sea. (Source: Les 1001 chansons..., Editions Flammarion)
En interprétant la partition vocale avec les voix se répondent de Lonely Teardrops, morceau de doo-wop mélancolique de Jackie Wilson, les Isley Brothers avaient ajouté un vers qui appelaient une réponse et signifiait "Vous savez que vous me donnez envie de crier". Or, le public de Washington D.C. avait réagi en conséquence. Profitant de ce succès, un responsable du label RCA présent dans le public avait engagé les frères Isley et leur avait suggéré d'élaborer une chanson autour de ce concept d'interaction avec le public. O'Kelly, Ronald et Rudolph Isley avaient déjà l'expérience du gospel; ils allaient alors utiliser leur talent pour une autre musique. Shout allait devenir un classique et atteindre des records de ventes, malgré son faible succès au hit-parade. Produit par le duo Hugo et Luigi (Hugo Peretti et Luigi Creatore) du Brill Building, où étaient produits de grands succès de la pop, le titre avait été réparti sur les deux face d'un 45 tours, la partiev essentiel figurant sur la face A, et la participation du public sur la face B. Shout se révèle un disque enthousiasmant, construit autour d'une interaction entre les artistes et le public.
L'inspiration à l'origine du disque n'allait pas durer cependant, et les frères ne la retrouveraient qu'une fois les années 60 écoulées, même si leur carrière allait être émaillée d'autres bons morceaux, peut être même encore plus vivant que Shout. Il y a eu de nombreuses reprises de la chanson, notamment la version de 1964 de la célèbre chanteuse écossaise Lulu. Cette dernière n'interprète pas sa 2e partie, qui fait l'objet d'une version brillante dans la scène mémorable d'une fête de fraternité d'étudiants dans un film datant de 1978, American College. La performance de l'orchestre fictif d'Otis Day & the Knights y est si convaincante qu'elle a ensuite donné lieu à un enregistrement. (Source: Les 1001 chansons..., Editions Flammarion)